Conséquence - L'arbre de vie

Chapitre 21




  Éponin éprouvait une extrême frustration vis à vis de la Destructrice des Nations. Elle pouvait à peine croire que la femme qu'elle détestait le plus au monde pouvait se contenter de simplement rester assise là, à ne rien faire de toute la matinée à part dessiner. "Elle doit préparer quelque chose, Ter. Je pense qu'il vaudrait mieux qu'une de nous aille se placer un peu plus près d'elle. Juste au cas où elle tenterait une attaque sournoise." Cela sonna faux même à ses propres oreilles, mais elle était sur le point de perdre la raison.

Sa Reine et meilleure amie comprit exactement ce qui n'avait pas été dit. "Tu peux t'approcher, mais ne t'engage à rien d'autre sans ma permission explicite. Nous frapperons la Destructrice seulement sur mon ordre."

En se remettant gaiement sur ses pieds, la guerrière fut à mi-chemin de la pente avant même d'avoir entendu la fin des instructions de sa Reine. Jetant un coup d'œil par-dessus son épaule, elle fit un signe de tête approbateur et continua.

Les yeux de la Conquérante se levèrent de son parchemin tandis que l'Amazone se rapprochait plus près d'elle. Elle se força à conserver un regard impassible. Son plan fonctionnait. Les Amazones étaient nerveuses et incertaines de ses plans. Cela en valait la peine et le temps, surtout si Palaemon obtenait les informations qu'elle voulait. Je vais te botter les fesses, César.

Cette Amazone était plus impressionnante que ceux dont elle se souvenait avoir chassé de son pays. Celle-ci était à l'évidence plus préparée à affronter une menace - elle semblait en meilleure forme, ses armes et armures étaient bien soignés et son visage ne dévoilait pas une once de peur. Peut-être que s'il y avait eu plus de guerrières comme celle-là il y a sept ans quand elle avait éliminé la menace Amazone, la Conquérante aurait eu plus de difficulté. Trop peu, trop tard.

Éponin s'arrêta à environ dix pas de la Destructrice et s'accroupit. Puis elle fixa son regard sur elle et attendit.

***

Cefan se déplaça prudemment par les rues, en se tenant dans l'ombre des bâtiments. La dernière chose qu'elle voulait était de se faire repérer par la Conquérante ou encore par un membre de la Garde Royale. Désobéir à un ordre direct du général n'était pas une chose très sage à faire, surtout pour elle, mais elle estima que c'était sa seule option. Elle avait évidemment fait quelque chose pour déplaire à la Conquérante et seule une bonne action serait exigée pour regagner les bonnes grâces de son leader.

De sa place, elle pouvait voir la Conquérante sur le banc et la guerrière Amazone tout près de celle-ci qui l'observait fixement. Elle se demanda ce que pouvait bien être le plan de la Conquérante et s'empourpra une fois de plus quand elle comprit qu'elle n'y était pas impliquée. Un flash rouge attira son attention et ses yeux se dirigèrent vers l'Amazone postée sur les marches du temple.

Un regard et Cefan fut certaine que cette rousse était la Reine des Amazones. La femme avait un comportement majestueux et portait des cuirs plus décorés. Elle n'avait jamais vu d'Amazone avant sa visite à Éphèse, donc elle ne reconnaissait pas les symboles de rang dont celles-ci faisaient usage. Mais elle savait que c'était la femme pour laquelle la Conquérante s'était arrêtée, celle qui lui avait crié des injures lors de son entrée dans la cité. Si la Conquérante l'avait reconnue, c'est qu'elle devait être importante.

Cefan nota que la femme semblait être seule, elle commença à évaluer ses options.

***

Quelques minutes après que le lieutenant l'eut quittée, Gabrielle termina de lire son premier parchemin qu'elle roula avec soin. Celui-ci décrivait le temple d'Artémis et son importance pour la Nation Amazone. Maintenant la jeune femme avait le désir accablant d'aller au temple et comparer les splendeurs qu'elle venait de lire à son sujet. Après avoir soigneusement replacé le rouleau là où elle l'avait pris, Gabrielle quitta la bibliothèque.

Debout dans la rue bondée et esquivant la multitude de piétons, elle tourna sur elle-même dans le but de repérer son chaperon. "Cefan, où êtes-vous ?" Demanda-t-elle distraitement. En regardant l'orientation du soleil, elle se rendit compte qu'il était à peu près midi. Gabrielle qui s'était éveillée seulement quelques marques de chandelles plus tôt, elle conclut donc que Cefan devait s'être éveillée en même temps que la Conquérante. Ce qui signifiait qu'elle avait prit son petit-déjeuner très tôt et que probablement elle devait être quelque part en train de manger.

Gabrielle regarda au haut puis au bas de la rue pour y trouver n'importe quel signe d'un marchand d'aliment, mais n'en vit pas. Elle lâcha un profond soupir. Sa curiosité avait atteint son apogée et elle voulait désespérément aller au temple. Cefan m'a demandé si j'avais projeté de rester ici pour quelques marques de chandelles. Elle est probablement allée quelque part et planifie de revenir me chercher plus tard. Elle ne le saura jamais si je vais y jeter un bref coup d'œil. Elle hocha la tête, contente de sa déduction, et commença à marcher vers le temple.

***

Xena se leva et appela de nouveau son jeune garde. Il vint vers elle en trottant, évitant de jeter un regard à l'Amazone stoïque qui était accroupie tout près. Il fit une révérence, et plaça son poing sur son cœur, "Oui, Majesté ?"

La Conquérante parcourut le jeune homme du regard plus soigneusement cette fois. Il avait récemment été promu dans ses rangs de Garde D'élite et elle était impressionnée par son comportement. Elle prit note mentalement de dire à Palaemon de commencer à passer plus de temps avec le jeune homme. "Occupe-toi à ce que ce dessin soit préservé et porte-le à mes quartiers."

"Oui, Majesté. Ça sera fait." Soigneusement, afin de ne pas déranger la gravure au charbon de bois, il roula et lia le parchemin, puis prit congé.

Xena se tourna lentement et laissa son regard se fixer sur l'Amazone accroupie près d'elle. Ses yeux bleus se durcirent et se rétrécirent. Dans un dialecte amazonien, elle s'adressa à la guerrière, "Une allégeance représente un vrai solide, plus solide qu'un tas de pierres. Peut-être Artémis devrait considérer cela et s'interroger à savoir si elle est digne d'un tel temple."

Laissant une Éponin abasourdi derrière elle, la Conquérante tourna les talons et partit. Ses hommes se regroupèrent en rang serré autour d'elle.

***

Tout devint clair pour Cefan quand elle vit la Conquérante se retirer. Xena n'avait pas attaqué le temple parce qu'elle ne voulait pas entrer en conflit avec les Amazones. Mais elle avait voulu que celles-ci soient appréhensives vis à vis de ses plans et ainsi détourner leur attention. Qu'est-ce qui détournerait irrémédiablement leur attention sinon le meurtre fortuit de leur Reine ? Personne ne m'a vue ici. La Conquérante est partie, avec son escorte. Ces Amazones doivent nécessairement avoir d'autres ennemis à part Xena. Si je peux terrasser leur Reine, elles n'en seront que plus affaiblies. Et rien ne pourra plus arrêter la Conquérante d'atteindre ses buts ici à Éphèse.

Se reculant encore un peu plus dans l'ombre, elle tira une flèche de son carquois qu'elle portait à l'épaule. Soigneusement elle l'encocha sur son arc qui craqua sous la pression. Cefan savaient qu'elle serait capable de décocher deux ou trois flèches avant de s'enfuir. Elle savait aussi que son habileté serait suffisante pour atteindre la Reine des Amazones.

Gabrielle était debout dans la cour, au pied de l'escalier du temple. Elle avait une vue époustouflante, plus encore que ce qu'elle avait eu à partir de la mer. Le marbre scintillait, les colonnes, les statues, tout enchantait ses yeux. Utilisant son bâton, elle grimpa les marches du temple et se retrouva debout à côté d'une femme extraordinaire. Avec ses cheveux roux de la couleur du coucher du soleil et ses yeux de la couleur de la terre fertile, elle ressemblait à l'image que Gabrielle se faisait d'Artémis.

"Excuse-moi," Dit Gabrielle en se rapprochant à une longueur de bras de la femme. "Pourrais-tu me dire où je pourrais trouver une offrande pour la déesse ?"

Des yeux bruns se tournèrent vers elle et se figèrent de surprise. Terreis lâcha un soupir loqueteux tandis que ses jambes se dérobaient sous elle.

En voyant la détresse évidente de la femme, Gabrielle s'approcha encore, "Est-ce que ça va ? Puis-je t'aider ?"

C'est elle. Ces yeux verts confirment mon destin. Tout est terminé pour moi. "Tu es l'Élue d'Artémis," Dit-elle au moment où la flèche s'empala dans sa poitrine.

Gabrielle cria quand la femme s'effondra par terre à ses pieds, une flèche saillait grossièrement de son corps. Craignant une nouvelle attaque, Gabrielle se laissa tomber et couvrit le corps de la femme rousse avec le sien. Elle ferma les yeux résolument et attendit qu'une autre flèche vienne la frapper.

Cefan jura quand elle vit Gabrielle sur les marches du temple, et encore, au moment où elle fit mouche avec sa flèche qui avait assurément atteint sa cible. "Je le savais !" S'écria-t-elle, ne tenant pas compte du danger encouru. "Espèce de fille de Centaure, c'est une traîtresse !" Elle encocha sa deuxième flèche et tira, visant Gabrielle.

Éponin vit Terreis s'effondrer et fit des pieds et des mains pour arriver jusqu'à elle quand la seconde flèche lui transperça le dos, juste au-dessous de l'épaule. Ignorant la douleur, la guerrière acheva sa course, appelant ses sœurs Amazones et protégeant la Reine en tentant de trouver l'assaillant.

Se repoussant de la femme, Gabrielle regarda sa propre poitrine qui était maintenant couverte de sang. Elle sentit des larmes rouler sur ses joues en voyant le résultat de cet acte insensé.

Terreis lutta pour rester consciente sachant qu'il lui restait peu de temps. Elle entendit le cri d'Éponin, bien qu'il semblait venir de loin et indistinct, puis elle sentit son contact. Éponin murmurait des paroles de réconforts que les trois femmes savaient sonner faux. La Reine concentra son attention sur la femme aux cheveux blonds qui prendrait bientôt sa place dans la Nation. Elle souleva sa main droite tremblante et la plaça sur l'épaule de Gabrielle. "Artémis t'a bénie. Tu es l'Élue." Terreis toussa et une mince couche de sang colora ses lèvres. "Je te donne mon droit de caste."

"Quoi ?" Bafouilla Gabrielle. "Je ne comprends pas. Droit de caste ?"

Les yeux furieux d'Éponin se fixèrent sur Terreis. "Ter, tu ne peux pas faire ça."

Tournant la tête pour voir Éponin, dans son champ de vision qui se rétrécissait à chaque seconde, elle inclina légèrement la tête. "Je le veux. C'est … l'Élue d'Artémis. Et, tu dois te rappeler ta promesse."

Pour la première fois de sa vie, Éponin ne fit rien pour essayer de cacher les larmes qui coulaient librement sur ses joues. Elle aurait volontiers échangé sa vie contre celle de son amie. "Je tiendrai parole, ma Reine. Nous, nous reverrons de l'autre côté."

Un dernier souffle chancelant remplit les poumons de Terreis. Tandis qu'elle exhalait, elle réussit à former ses dernières paroles, "Dis à Éphiny que je suis désolée de la quitter."

Éponin prit maladroitement la Reine dans ses bras, tenant son corps aussi fermement qu'elle le put malgré la flèche qui lui avait transpercé le dos. Elle caressa ses cheveux roux, puis ferma les yeux sans vie de Terreis.

Sept guerrières Amazones arrivèrent en courant sur la scène et l'une d'elles agrippa violemment le bras de Gabrielle pour la remettre sur ses pieds. Un couteau se plaqua sur la gorge de la jeune femme. L'Amazone supposa qu'elle devait être celle qui avait attaqué leur Reine.

D'une voix entrecoupée par l'émotion Éponin réussi à aligner quelques mots. "Lâche-la. Elle a le droit de caste." À cette déclaration, qui troubla une fois de plus Gabrielle, les femmes qui venaient d'arriver commencèrent à protester à voix forte. "La ferme !" Tonna Éponin, les faisant toutes se taire. "Vous trois, cherchez celui qui a fait ça. Le reste, aidez-moi à porter le corps de notre Reine au village."

Les trois femmes descendirent les marches du temple et fouillèrent le secteur. Les autres obéirent à la guerrière, et soulevèrent doucement le corps de leur Reine. Éponin se redressa sur ses pieds et attrapa le bras de Gabrielle. "Tu viens avec moi."

Avant que Gabrielle ne puisse protester, on la tira dans le temple, loin de la lumière du soleil et de la vue de Cefan.