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Aux premières lueurs du jour, je commençai à rentrer doucement au village. J'étais restée avec mon arbre toute la nuit. Je ne me souvenais pas avoir dormi. Je ne me souvenais de pas grand chose à vrai dire. Tout ce que je savais, c'est que j'avais plus de questions qu'avant d'y aller et aucune réponse. Je me sentais vide... Je voulais...quelque chose. Je tremblai quand je vis le bâtiment, abimé par le temps et gris, qui me servait de maison; un frisson me glaça le sang. C'était un trou sombre dans la lumière grise, un fardeau, un devoir... Je veux... Je veux quelque chose de plus que ça, pensai-je d'un air hébété. Tandis que je passai devant l'écurie, je remarquai que le cheval de Xena n'y était pas. Un moment de panique s'empara de mon coeur, peut-être étaient-elles parties. Ce sentiment s'évacua quand je me souvins que Gabrielle n'était pas du tout en condition de voyager, ne serait-ce que le trajet jusqu'à Typhonaea, un trajet de deux jours. Quoi qu'il en soit, j'accélerai mon pas. Je trouva Annis endormie sur l'une des tables près du foyer et je souriai tristement. Petite sotte. Je lui donna un coup de coude afin de la réveiller. "Annis?" Les yeux couleur faon d'Annis s'ouvrirent d'un seul coup et elle releva la tête, des marques rouges sur sa peau claire faites par le bois rugueux. "Taren? Ca va?" "Oui, ca va. Va à l'étage maintenant et va dormir correctement. Choisis la chambre que tu veux." Elle secoua la tête et bailla, en se frottant les yeux. "Unnnn", grommela t'elle, tandis qu'un autre bâillement s'empara d'elle. "Donne moi deux pains et une gorgée d'eau et je t'aiderai à préparer le petit déjeuner." Elle détacha ses cheveux couleur noisette et les noua en faisant une tresse avec une facilité et une grâce montrant une habitude vieille de plusieurs années. En tant que l'ainée de six enfants dont 5 filles, j'étais sûre qu'Annis passait ses matinées à faire cela. "Annis, tu as besoin de dormir -" "S'il te plait, Taren?" Sa demande interrompit ma protestation. En regardant dans ses grands yeux, plein de désir et d'admiration, j'ai compris tout à coup ce qu'Annis était réellement en train de dire. Je veux t'être utile d'une façon ou d'une autre. Ne m'éloigne pas de toi tout de suite. Je veux être près de toi. Je revins sur ma décision : "D'accord. Va puiser de l'eau pour le thé alors." La jeune fille, presque une femme en fait, bondit jusque dans la cuisine pour chercher la jarre à eau. J'aurais juré l'avoir entendue fredonner pendant qu'elle se dirigeait vers le puits. Elle avait le béguin pour moi. C'était désormais très clair. Une jeune femme têtue, solitaire, la préférée des garçons du village mais qui ne leur montraient aucune attention... Elle me faisait penser à moi-même. Je me demandai pourquoi je ne l'avais pas remarqué avant. Je me demandai aussi si cela expliquait mes sentiments récents pour Gabrielle ... un simple béguin? J'en doutai. C'était plus que cela. C'était plus fort et moins... précis. Trop fatiguée pour réfléchir davantage, je traînai les pieds en allant à la cuisine pour voir ce que j'arriverai à trouver pour faire un repas convenable. Nous n'avions pas grand chose et évidemment, je n'avais pas été chasser ce matin comme je le fais d'habitude. Voyons voir, je suppose que je pourrais faire - Je m'arrêtai en cours de réflexion; mes yeux s'équarquillèrent à la vue de 4 lapins desquamés et préparés posés sur le comptoir. Je souriai à moitié. Je pouvais reconnaître un geste de paix quand j'en voyais. Je savais que la guerrière ne prononcerait aucuns mots d'excuses, d'explications. Ces mots n'étaient plus nécessaires; son offre avait été donnée. Je l'acceptai sans aucune hésitation, en partie parce que j'admirais Xena, sa retenue et sa distance, et aussi parce que je voulais rester bien vue par elle. J'avais déjà appris une des plus importantes leçons que quiconque ne pourrait apprendre à propos de la Princesse Guerrière : contrariez-la à vos risques et périls. Le savoir, oui. Mais le mettre en pratique? Pas vraiment. Avec l'aide enthousiaste d'Annis, j'ai réussi à faire un repas plutôt solide fait d'un ragoût de lapin, de pain, de thé et de quelques baies sauvages, provenant de buissons épineux, qu'Annis s'était proposée de cueillir. Nous nous sommes assises à la table; nous étions toutes les deux trop fatiguées pour faire autre chose en plus de manger. Ensuite j'arrêtai de remettre à plus tard l'inévitable et je préparai un plateau pour Gabrielle. Je rajoutai au plateau un nouveau cataplasme et du thé au cataire frais et me dirigeai solennellement vers l'escalier. Je redoutai le face à face après ce qui s'était passé, mais je savais que je serais négligente dans mon devoir si je ne la servais pas comme avant. Je frappai à la porte, faiblement et d'une manière hésitante. Une voix joyeuse me répondit instantanément. "Entrez !" J'ouvris doucement la porte; j'avais peur de détourner mon regard du plateau que je tenais avec précaution. "Je vous ai apporté votre -" "Petit déjeuner!", dit la barde. Je levai les yeux et la trouvai toute rouge mais assise, entourée de parchemins et de rouleaux. Elle mâchouillait le bout de sa plume et souriait joyeusement. Son emportement résonna dans son ventre qui gronda bruyamment. Je souris malgré moi. Je posai le plateau sur la table et apportai à la barde un bol de ragoût et une assiette de pain. Elle attaqua le ragoût et fit des petits bruits d'appréciation pendant qu'elle mâchait. Elle avait presque fini en moins de dix bouchées. Il fallait que je me souvienne de lui en apporter un bol plus grand la prochaine fois. "Je vais vous laisser écrire tranquillement, Gabrielle.", dis-je, voulant à tout prix trouver une excuse pour partir au plus vite. Moins nous parlions de la nuit dernière, mieux cela serait. "Appelez-moi si vous avez besoin de quoi que ce soit." "Taren, attends. Ne t'en va pas." Je me tournai; elle était en train de mastiquer bruyamment une tranche entière de pain. Elle finit sa bouchée et fit une pause avant la prochaine bouchée. "J'écris l'histoire de Lidio et de votre village et j'ai des tonnes de questions. Tu as le temps d'y répondre?" J'avais probablement eu une expression de confusion sur mon visage car avant que je m'en aperçoive, la barde fronça soudainement des sourcils. "Quelque chose ne va pas, Taren?" Je ne répondai pas mais de toute façon, elle ne me laissa pas le temps de le faire. "Quoi que ce soit, ça ne peut pas être si mauvais que cela, n'est-ce pas?" Elle ne savait pas. Je me souvenais des lapins et me rendit compte que la guerrière avait dû s'éclipser avant que Gabrielle ne se réveille... et cela rendit les choses infiniment plus facile pour moi. Le regard inquiet de Gabrielle qui attendait me rappela sa question. Eh bien, qu'étais-je supposée faire? Comment pouvais-je lui dire ce qui s'était passé pendant qu'elle était inconsciente? Comment pouvais-je lui dire que j'avais passé la nuit dans la forêt car la femme qui l'aimait m'avait chassée de ma propre auberge? "Non. J'étais juste en train de penser à tout le travail que j'avais à faire aujourd'hui.". Je mentis. Voilà. "Cela peut attendre. Nous sommes toujours tes seules clientes, c'est bien ça? Et le client est roi, non?" J'acquiesçai avec hésitation. "Um... oui" "Alors s'il te plait reste et aide moi pour mon histoire. Xena ne rentrera pas avant un bon moment et je ne serais pas contre un peu de compagnie. Je n'aime pas trop rester cloîtrée dans une chambre toute seule, même si c'est une très belle chambre." Une part de moi voulait à tout prix rester et l'autre frémissait et s'alarmait à l'idée. Mais avec ces yeux vert et or, brillants, qui me regardaient avec espoir, la part de moi qui voulait rester fit facilement couler celle qui s'alarmait. J'allai chercher le bol de baies sur le plateau et allai à coté du lit pour donner le bol à la barde. "Vous avez dit que vous aviez des questions, Madame?", demandai-je, avec un sourire fendu jusqu'aux oreilles. "Oooooh, des baies !" Elle en a fourré une poignée dans sa bouche; elle fronça des sourcils quand elle s'aperçut que je l'avais de nouveau appelée par le titre qu'elle détestait. "Et arrêt' de m'app'lé comme ça!", dit-elle tandis qu'un filet de jus doux de pulpe rouge s'échappait le long de son menton. Je ris. "Vos désirs sont des ordres, Madame!" |