Something more than this

Chapitre 11




  Xena détacha d'une poignée de plantes malodorantes et âpres aux bourgeons violets, des feuilles de forme ovale et de couleur sombre, qu'elle glissa dans un tout petit sac. Elle abandonna ses pensées pour la chaleur du soleil de cette moitié de matinée, et pour le bruit des doux craquements que faisait Argo, tandis qu'elle veillait à la croissance de plusieurs herbes sauvages. La haine, la jalousie, la honte pesante qui l'avait poussée à faire l'apologie de quatre doux lapins un peu avant que le soleil ne se lève avaient disparues. Tout ça avait disparu et était remplacé par un néant engourdissant qui occupait toutes ses pensées autres que celles nécessaires afin d'effectuer sa tâche.

La guerrière termina de récolter les dernières feuilles mûres de cette poignée de plantes et s'enfonça davantage dans la forêt, sachant bien qu'elle trouverait un amas d'étoiles à sept pointes et aux bords couleur crème pas très loin. Elle sentait l'odeur de cette herbe de là où elle était agenouillée. Elle les trouva et commença à cueillir des poignées de feuilles couleur olive puis les glissa dans un nouveau sac.

C'était ce sac qui avait trouvé la brèche dans la glace autour des pensées de la guerrière.
Elle finit les feuilles en forme d'étoile et passa à une autre herbe, récolta les fleurs blanches et violettes en forme de pattes d'araignées à partir de tiges plus grandes; elle toucha du bout des doigts encore un de ces petits sacs soyeux et arrêta ce qu'elle faisait....
....et pensa à Gabrielle.
Gabrielle, qui avait fabriqué ces petits sacs, veillant nuit après nuit pendant une demi-lune, négligeant ses parchemins et son sommeil pour une expérience un peu folle afin de faire plaisir à une Xena de mauvaise humeur. Gabrielle, qui avait dépensé des dinars durement gagnés pour un tissu très fin, la plupart du temps réservé aux parures de femmes riches, mais elle était sûre de son bon usage dans son projet. Gabrielle, dont le sourire surpassa le Char d'Apollon quand Xena avait calmement admis que l'idée, bien que peu orthodoxe, était très brillante.

Il y en avait quinze, tous découpés avec précision et cousus avec des petits points de couture identiques. Ils étaient tous noués par un lacet et de la corde pour les attacher à la sellerie d'Argo. Et même si Argo ressemblait à un rebut d'un quelconque défilé de festival bizarre quand il les portait, on ne pouvait nier que les sacs fins anéantissait presque totalement le temps de séchage des feuilles.

Plus besoin de dépenser inutilement des dinars au marché pour acheter des herbes pré séchées quand il est simplement aussi facile et moins cher de marcher deux lieux dans la forêt et cueillir des feuilles soi-même. Plus besoin de gâcher une ou deux journée au soleil juste pour avoir un stock de feuilles guérissantes de prêt. Maintenant, le séchage était portable et c'était typique de la barde de penser à une solution peu commune pour un problème que Xena ne pensait pas qu'il existait.

La guerrière pensive, posa le sac contre sa joue se livrant à la douceur du tissu soyeux. Une douce chaleur s'empara d'elle et fit fondre toute cette glace; elle perdit son équilibre et tomba nette sur le sol. Elle réalisa soudain qu'elle n'avait pas vraiment dormi depuis ce qui semblait être plusieurs jours et que le dernier repas qu'elle avait mangé avait été un bol de ragoût rapidement ingurgité que Taren lui avait amené la veille pour midi. Elle posa sa tête entre ses mains, laissant ses longs cheveux cacher son visage et ses yeux du soleil.

Elle ne me quittera pas. Elle ne peut pas... Elle fit cette supplication silencieuse et malvenue.

Et ensuite, elle émit un grognement explosif.

Ouais, c'est ça. Et qu'est-ce qui va l'en empêcher cette fois? Ma brillante conversation ?

Mais Gabrielle était toujours revenue et cette pensée devint une très fine bouée de sauvetage à laquelle elle accrochait ses espoirs. Après être retournée à Poteidaia une fois, brièvement, même après s'être mariée à Perdicus, la barde était toujours revenue vers Xena. Peut-être, peut-être que leur amitié était plus forte qu'elle n'osait l'espérer.

C'est vrai qu'elle n'était pas une causeuse pleine d'esprit. Et Xena savait qu'elle n'avait pas de la sécurité, de la stabilité ou même de la consistance à offrir à Gabrielle, mais elle savait aussi qu'elle était la meilleure dans ce qu'elle faisait, même si c'était peu… Et si ce n'était pas suffisant pour convaincre la barde, il y avait toujours l'excitation de la vie sur la route.

Un sourire hésitant tirait les lèvres de Xena et elle leva la tête.

C'est une barde, pensa t-elle. Il n'y a pas d'histoire à Galasia. À part celle à propos de la fuite désespérée d'un garçon et de quelques villageois qui se cachent dans les arbres et même celle là n'a pas une fin pas totalement heureuse. Une barde s'ennuierait à Galasia.

Cette dernière pensée lui fit faire un gloussement étouffé et les choses ne paraissaient plus si moroses pour la guerrière. Soudainement, c'était très facile de mettre l'incident entier au compte d'un quiproquo et son propre jugement obscurci par son inquiétude. Gabrielle avait eu un cauchemar et l'aubergiste était juste gentille et aimable.

Xena fit jouer ses puissants muscles des cuisses et se redressa. Puis, gaiement, elle accrocha les cordes des sacs autour d'Argo pour que les légères brises puissent commencer le processus de séchage. Sa compassion pour son cheval malin permit l'éclosion d'une nouvelle idée. Pour se racheter envers la barde et pour la faire sortir où l'air frais et le soleil feraient sans doute des merveilles quant à sa santé, un pique-nique était à l'ordre de l'après-midi.

Argo était la seule créature vivante qui avait entendue la mélodie brève mais joyeuse avec laquelle Xena s'était presque étouffée quand elle réalisa qu'elle était en train de la fredonner... Et la jument jura de ne rien dire.