Something more than this

Chapitre 12




  Le matin devint peu à peu le midi et Gabrielle et moi étions encore en train de parler.

Nous avions fini depuis longtemps de parler à propos de Lidio et de ses actes héroïques de courage (qui ont sans doute été exagérés d'une façon poétique par le goût du drame de la barde); nous parlions maintenant de leurs voyages avec Xena. Complètement absorbée, je n'étais pas rassasiée d'écouter cette femme douce aux cheveux couleur du crépuscule et aux yeux vivants décrire minutieusement quelque chose que je m'apercevais vouloir plus que tout au monde : sa vie. Ou plus précisément, la vie qu'elle et Xena partageaient.

Cela paraissait si magnifique, si excitant, si différent de cette besogne laborieuse qu'est ma vie. Tandis que je me réveillais avant l'aube pour chasser du gibier pour nourrir mes empotés de clients de mon auberge, Xena se réveillait avant l'aube pour chasser et trouver un repas pour deux qui les amènerait à une journée inexplorée, riche de potentiel et de promesse d'aventures. Pendant que je passais du temps à jongler entre l'humeur massacrante de mon frère et la foule du midi, Xena et Gabrielle voyageaient de ville en ville, luttant contre des tyrans, des bandits ou l'injustice dans toutes les formes, protégeant des villageois comme moi du tort et du mal. Pendant que je faisais le ménage et que j'épongeais jusqu'à tard dans la nuit, Xena et Gabrielle partageaient un dîner et une histoire ou deux dans la forêt silencieuse, s'occupaient de leurs armes ou de blessures ou d'elles mêmes, réunies par une cause en laquelle elles croient toutes les deux et pour laquelle elles pourraient se battre et mourir.

C'était ce que je désirais. Pour moi et pour elles. Être capable de vivre comme ça, libre, avec courage et honneur. En un moment éclairant, je compris que ce que je ressentais pour elles deux (oui Xena aussi), ce n'était pas qu'un coup de coeur après tout. C'était de l'amour.

Non, pas ce type d'amour. Même si c'était dur de ne pas tomber amoureuse de chacune d'entre elles, même qu'un petit peu.

Non, c'était ce type d'amour où tu reconnais le bien et la vertu et où tu veux le protéger et te donner à lui corps et âme. Je ris intérieurement, me rendant compte que toutes ces années passées au service des gens ordinaires et mornes m'avaient préparée à cet instant précis, cette raison d'être extraordinaire et limpide. Elles avaient une cause pour laquelle se battre et elles l'appelaient l'intérêt général. Maintenant j'avais une cause pour laquelle me battre et c'était elles.

" Taren? " Je m'étais tellement égarée dans mes pensées et je ne savais pas depuis combien de temps la barde était silencieuse. La voix endormie de Gabrielle me ramena précipitamment à la réalité. " Ca va? " Un grand bâillement ponctua sa question.

" Je suis désolée, Gabrielle. Je me suis un peu perdue dans ton histoire. "

Elle gloussa. " Je suis contente de pas avoir perdu la main. Je me sens toute rouillée. " Elle bailla de nouveau et ses yeux commencèrent à se fermer. Je me levai pour chercher le cataplasme, avec l'intention de refaire son bandage avant qu'elle ne retombe dans les bras de Morphée. Gabrielle me vit avec les nouveaux bandages et se redressa un peu pour desserrer les vieux.

" Vous avez besoin de vous reposer davantage avant que je vous laisse vous exercer sur mes clients, Madame. Vous n'avez pas du très bien dormir avec le cauchemar que vous avez fait cette nuit. Vous en avez souvent? "

Des nuages orageux s'installèrent dans ses yeux vert marin avant de détourner son regard.

" Oui ", répondit-elle d'une voix toute faible. A cause de sa soudaine tristesse, je mis le cataplasme de côté pendant un moment. Je voulais effacer la tâche dans ses yeux avant de faire quoi que ce soit d'autre.

Je ne sais pas pourquoi j'ai choisi de poser cette question. Je sais seulement que je voulais réconforter la barde et je pensais que cela marcherait si je changeais le sujet pour quelque chose de plus heureux. C'était la mauvaise question. Totalement.

Des yeux verts surpris rejoignirent les miens d'un mouvement rapide. Ensuite elle les ferma et tourna sa tête en direction du mur avec un petit cri de douleur tandis que des larmes coulaient sur ses joues. Je fus bouleversée par un choc qui me fit l'effet de la foudre.

Elles n'ont pas... - mon dieu, elles ne forment pas un couple! Je pensais... Je pensais...

C'était évident que ce que j'avais pensé était faux. Oh, Gabrielle était amoureuse de Xena, j'avais raison. Tellement amoureuse que cela la déchirait intérieurement et moi, moi la stupide, je lui ai posé une question idiote qui était aussi douloureuse que de remuer un couteau dans ses plaies.

J'étais si concentrée sur mes excuses envers cette femme douce que j'avais blessée que je n'avais pas remarqué, encore une fois, la porte de la chambre s'ouvrir.

" Oh Gabrielle! " Murmurai-je en posant ma main contre sa joue pour la réconforter tandis que ma voix s'emplissait d'émotions. Une brusque inspiration venant du pas de la porte nous força la barde et moi à lever notre regard, surprises.

En cet instant si épouvantable, tellement inapproprié, le temps n'avait d'autres solutions que de ne pas bouger, être silencieux et regarder. Immédiatement je vis que le tableau que la barde et moi avions peint, moi avec ma main sur le visage de la belle rousse, la barde sans haut et sans bandages...

Pendant ce même instant, je vis aussi la blessure profonde faite sur l'âme de Xena; ses yeux cobalt montrant le bouleversement, la jalousie, la haine et le chagrin et tout cela en une fraction de seconde.

Les yeux de la guerrière devinrent de la glace si fragile que j'étais paralysée par son seul regard. L'atmosphère dans la chambre semblait avoir complètement disparu et tout mon environnement était si froid et saisissant que mes os me faisaient souffrir. Enfin, la guerrière fit demi-tour et partit, toute raide.

Je courus après elle.