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Xena menait Argo durement à travers la forêt, se réconfortant avec la puissance des martèlements et de la vitesse, libérant ainsi dans le vent la tourmente de son coeur. Les mots de Taren l'avaient piqué au vif et faisaient encore plus mal que n'importe quelle gifle et allait de pair avec ses yeux qui piquaient. La douleur hermétique dans sa gorge l'effrayait plus qu'elle ne l'aurait imaginé. Si seulement cela pouvait la libérer, lui permettre de respirer ! Elle ferma les yeux l'espace d'un instant, et fut reçue par l'expression de choc dans les grands yeux verts de Gabrielle... C'était trop ! Ses yeux se rouvrirent d'un coup, fuyant cette image. Elle poussa un cri et pressa Argo à faire une course folle, se moquant des branches qui frappaient ses bras au passage ou de sa vision soudainement floue. Elle voulait s'en aller, très très loin du vide qui la pourchassait, peu importe l'allure à laquelle elle fuyait et peu importe sa destination. C'est Argo qui s'arrêta enfin, en jetant presque Xena hors de la selle et sur le sol de la forêt. La guerrière parcourut le paysage du regard mais ne trouva aucune menace, aucune raison pour cette halte soudaine. Elle était au bord de l'énervement jusqu'à ce qu'elle reconnaisse la petite prairie et l'arbre dans le coin nord. L'arbre de Taren. Xena glissa hors de la selle et de façon distraite, caressa Argo. Elle marcha jusqu'à l'arbre et l'examina. L'arbre n'avait rien de spécial mais était fort et recouvert de feuillage. Il permettait une vue parfaite du chemin qui menait au village, il permettait de surveiller les voyageurs et c'était aussi une cachette efficace pour chasser. En tant que guerrière, Xena applaudissait le choix. Il était digne d'une Amazone. Mais il s'agissait aussi d'un endroit personnel, imprégné des espoirs et des rêves d'une apprentie aubergiste qui, en une seule phrase, avait réussi à révéler une partie de l'âme de Xena. C'était d'autant plus douloureux que Gabrielle avait tout entendu ! L'image de Gabrielle, choquée, l'avait poignardé en plein coeur. " Elle est au courant maintenant. " Sa voix était neutre mais assurée. Argo hennit comme pour prouver son accord. Xena s'apprêta à remonter sur la jument qui patientait, mais perdit son élan pour en fait s'appuyer simplement contre l'animal, ses yeux vides reflétaient la cave qui avait été creusée dans son coeur. Elle cacha ses yeux contre le flanc d'Argo, elle sentait de nouveau la douleur s'intensifier à l'intérieur. Les larmes qu'elle ne révélait à personne se mélangeaient à la sueur du cheval et au sang de sa lèvre fendue, le tout salissant le manteau blond d'Argo. Je ne voulais pas qu'elle l'apprenne comme ça, Argo. Je ne voulais pas qu'elle le sache ! " Elle regarda en direction de la tête de la jument, comme pour vérifier que l'animal l'écoutait bien. " Qu'est ce que je fais maintenant ? Qu'est ce que je fais si elle me quitte? " Le silence fût sa seule réponse. Une soudaine finalité s'installa dans la guerrière qui prit une profonde inspiration. " Argo, je suis amoureuse de Gabrielle ", chuchota t'elle. Elle laissa les mots suspendus dans la lumière éblouissante et parmi les bruits de la forêt et trouva les yeux marrons et gigantesques de la jument fixés sur elle avec intérêt. " Tu m'as bien entendu. Cette fille avait raison. Je suis amoureuse de Gabrielle. Et j'aurais tout donné si seulement j'avais pu être à la place de Taren dans cette chambre... pour toucher Gabrielle... l'aimer... " Elle marcha lentement vers l'arbre, avec, en tête, le souvenir de Gabrielle dans ses bras tandis qu'elles entraient dans ce village, le souvenir de cette douce torture, de ce désir frustrant. Elle s'appuya contre l'arbre, regrettant à moitié d'avoir traversé cette prairie, d'avoir rencontré Taren, d'être rentré sur ce terrain glissant. De qui je me moque? Nous sommes rentrées sur ce terrain il y a très longtemps. Bien avant cette prairie. " J'ai peur, Argo. " Pour la Princesse Guerrière, c'était dur à admettre. Des Légions entières composées des meilleurs guerriers, déployées contre elle dans des guerres sanglantes, ne pouvaient pas faire surgir une once de vive agitation chez elle. L'incroyable force de la nature n'avait jamais fait de pause, pas même une seule fois, même pas pendant la fureur d'une tempête ou le réveil d'un volcan en colère. Même les Dieux ne trouvaient ne serait-ce qu'une étincelle d'hésitation quand elle les confrontait. Et pourtant, cette splendide femme avait le pouvoir de faire trembler Xena avec seulement un sourire... et cela terrifiait la guerrière. Une vérité soudaine se faufila dans sa tête. " Ma peur, c'est la clé. " Ces mots tout simples ouvrirent cette porte blindée dans son coeur qui fut verrouillée et oubliée depuis bien longtemps. Intriguée, elle ouvrit la porte un petit peu, en repassant dans son esprit chaque argument qu'elle avançait pour ne pas céder à ses sentiments à l'égard de Gabrielle. Tous les cours " Elle n'est pas intéressée ", tous les nobles discours " Elle mérite mieux que moi ", toutes les déclarations fatalistes " Je ne la mérite pas " et tout le pessimisme ridicule " Je la mettrai en danger et ne lui apporterai que de la souffrance. " Elle comprit enfin que tout cela n'était que des sornettes. Tout. Il ne s'agissait pas de protéger Gabrielle d'un horrible sort ou de jeter sa vie en l'air. Il ne s'agissait pas du tout de Gabrielle. Il s'agissait de Xena, l'ancienne chef militaire et ancienne Destructrice des Nations, maintenant surnommée la Princesse Guerrière. Il s'agissait de souffrance, de douleur, de confiance et d'auto-protection. Il s'agissait de contrôle et de sa perte. La porte de cet endroit nouvellement trouvé sortit de ses gonds et explosa et, de l'autre côté, ce qui observait Xena, c'était ses propres yeux. |