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Chapitre 15




  " Va t'en s'il te plaît. "

Les mots de la barde étaient doux mais mêlés de venin. C'étaient les premiers mots qu'elle avait dis depuis s'être réveillée avec moi veillant sur elle. Elle tourna son regard vers le mur et ne me regarda même pas. Je sentis des larmes monter jusque mes yeux mais je les retins. J'avais assez pleuré... et fait assez de dégâts. Je méritais sa colère.

" Laisse moi seulement bander tes plaies. ", répondis-je doucement. Comme elle ne fit aucun geste pour m'aider, je la suppliais. Elle soupira et se laissa faire mais ne m'offrit pas le réconfort d'un regard.

" Maintenant va t'en ", dit-elle amèrement quand j'eus fini. J'acquiesçais et m'arrêtais près de la porte en me tournant vers elle.

" Je ne voulais pas la blesser, Gabrielle. Je veux que tu saches ça. " Je fermais la porte avant que ma bouche ne puisse trahir de nouveau quelqu'un.

Annis m'attendait en bas de l'escalier avec une tasse de thé épicé.

" J'ai fermé l'auberge, Taren. J'ai dit à tout le monde que tu étais malade. Assieds-toi près du feu et je vais te préparer quelque chose à manger. " Elle m'amena près du foyer et me fit asseoir doucement sur une chaise. Je prêtais peu d'attention à la chaleur des flammes oranges. Dans ma vision périphérique, je voyais Annis qui me fixait avec un regard illisible. Elle n'avançait pas du tout vers la cuisine - elle resta debout, là, pendant un interminable moment, à me regarder. La question qu'elle fini par me poser me prit par surprise.

" Tu es amoureuse d'elle? "

Je fermais les yeux et pris une petite gorgée de thé, laissant le liquide chaud torturer ma gorge nouée.

Ne me parle pas de ça, s'il te plaît Annis. Je suis trop fatiguée, j'ai mal et je ne sais pas combien de temps je peux me retenir de pleurer et je ne veux pas te faire de mal à toi aussi aujourd'hui. Ne me parle pas de ça, s'il te plaît.

" Non ", chuchotais-je.

Elle ne bougea pas. Je sentais la tension autour d'elle. Elle voulait me dire quelque chose... quelque chose que je ne voulais pas entendre.

" Je t'ai suivi hier soir. "

" Quoi?! " Je ne m'attendais pas à ça. Pas du tout.

" Pour m'assurer que tu allais bien ! Je pensais que cette guerrière t'avait crié dessus ou t'avait fait mal, quelque chose comme ça. La façon dont tu es partie d'ici, bien je... j'avais besoin de savoir que tu allais bien. "

Des larmes me trahirent et coulèrent le long de mes joues. C'était pire que je ne l'avais imaginé.

Elle s'intéressait vraiment à moi. Je n'avais pas ressenti ça depuis des années, quand j'étais enfant, avant que la maladie débilitante ne me prenne ma mère. Même maintenant, je n'avais que peu de souvenirs de ma douce mère. Son sourire m'accueillait quand je retournais dans le royaume de Morphée, la façon dont elle chantait pour moi quand je tombais et que je m'égratignais le genou, le porridge spéciale qu'elle faisait avec du miel, du lait et des épices, rien que pour moi. Elle se souciait des détails ... comme Annis.

Annis m'avait suivi. Elle s'inquiétait pour moi. Et cette pensée me fit l'effet d'une huile bouillante versée sur ma chair nue.

Je sentis la mince prise que j'avais sur mes émotions, glisser dangereusement. J'étais en colère, ce qui surprenait une petite partie de mon cerveau qui s'accrochait toujours à qui j'étais avant; une tempête se déchaînait dans ma tête. Je fulminais.

Comment ose-t-elle se soucier de moi ? Elle se prend pour qui ? C'est juste une gamine ridicule et stupide ! Je vais lui montrer à quel point elle est stupide de s'inquiéter pour moi !!

" Ne m'aime pas, Annis. " Ma voix était calme mais aiguisée comme un poignard sortant de son fourreau pour la première fois.

Les yeux clairs de la jeune femme grandirent, horrifiés, après la révélation de ses sentiments. J'ignorais son regard, j'y étais habituée.

" Q-Quoi? "

Je regardais droit dans les yeux d'Annis. " J'ai dit, ne m'aime pas. Je ne le mérite pas. Ca ne me rend pas heureuse. Je ne peux que te faire du mal comme je leur ai fait. Tu ferais mieux de me tuer! "

Je laissais le ressentiment qui m'empoisonnait suinter par mes yeux. Ma lèvre forma un sourire de dédain que je savais être une pâle imitation du ton hargneux et terrorisant de Xena, mais il était tout de même efficace.

Annis secouait sa tête vigoureusement. " Non ", chuchota t'elle farouchement, des larmes remplissaient ses yeux et coulaient le long de ses joues. " Noooon! "

Mon côté ténébreux se réjouissait. Je laissais ma colère et ma haine de moi-même s'emparer de moi. Pourquoi je me ferais du souci pour elle? Pourquoi ne devrait-elle pas souffrir comme moi j'ai souffert? Au final, ça la sauvera. Ca la préparera à la vie vide qui l'attendait, peu importe ce que les Parques suspendaient devant elle, hors de portée.

Avec des pas fermes, j'allai dans la cuisine et revins avec un des couteaux de boucherie. Je lui mis de force dans la main et l'emprisonnai avec ma propre poigne.

" Économise toi l'agonie, petite! Tranche moi la gorge avant que je t'enlève le coeur au couteau!! "

" Arrête, Taren !! Laisse moi partir ! Laisse moi PARTIR ! "

Elle retira sa main de la mienne, me laissant tenir la lame froide du couteau. Une fois libre, elle resta pétrifiée, ne sachant soudainement pas quoi faire. Je voyais ses émotions se battre en elle, une part d'elle voulait partir au plus vite mais l'autre voulait me prendre dans ses bras. Je ne vis pas quelle part d'elle avait gagné la bataille. Le bruit tonnant de plein de chevaux nous fit sursauter. Quand des hurlements explosèrent dans la rue et que des cris d'hommes en colère se mélangeaient avec le cliquetis de l'acier contre de l'acier, je me tournai vers la porte de la taverne, un noeud à l'estomac, angoissée.

Je reconnus ce bruit. C'était le même bruit qui hantait mes cauchemars depuis mes huit ans.

Le fracas de la porte en bois qui succombait au coup brutal d'un pilleur fit sursauter Annis, mais pas moi. Par instinct, je fis sauter le couteau d'un coup avec un brusque soubresaut. La lame atterrit sur le crâne du pilleur et le lui fendît avec un bruit étrange comme si un melon s'était explosé contre un rocher. Il tomba en arrière, bloquant temporairement l'entrée. Les cris se faisaient plus nombreux et se rapprochaient, en réponse à la mort soudaine du pilleur.

Je savais qu'ils allaient me trouver. Mais ils n'avaient pas besoin de trouver Annis.

J'attrapais le bras de la jeune femme et la poussa violemment vers la porte de service, toute ma colère était remplacée par la peur et un sentiment d'urgence. Ce n'était qu'une jeune fille, elle pouvait encore devenir tout ce qu'elle désirait être. Elle ne méritait pas de mourir dans une petite auberge crasseuse, elle aspirait à être une guerrière avec des rêves à sa disposition.

" Cours ! Annis, cours ! Aussi loin que tu peux ! Dans la forêt! "

" Mais - " " Je t'ai dit de courir !! Va à l'arbre ! VAS-Y!! TOUT DE SUITE!! " Je savais qu'elle serait en sécurité là-bas. L'arbre la protégerait comme il nous avait protégé Pirro et moi quand nous étions enfants. Quand des hommes comme ceux qui sont en train d'arracher de ses gonds la porte de ma taverne, ont envahis notre village pendant un après-midi calme, pour nous retrouver prévenus, cachés et protégés.

Je la poussais de nouveau quand j'entendis un bruit de métal transperçant du bois. Des hommes frustrés et furieux crachaient des jurons derrière moi. Un guerrier massif qui ressemblait à un chien à moitié affamé et à moitié fou réussi à dégager la brèche.

Après avoir lancé un cri, Annis se sauva comme une flèche par la porte de service et courut à vive allure dans la forêt accueillante. Elle disparût quasi immédiatement, sa fuite était protégée par la verdure dense estivale. J'étais soulagée. J'avais d'autres problèmes à régler.

Évitant rapidement la première paire de mains qui voulaient m'attraper, #1 je courus dans la cuisine et récupérais toutes les armes que je pouvais trouver. Deux couteaux supplémentaires trouvèrent domicile dans la chair et les os d'hommes laids habillés en cuir clouté, les faisant tomber à terre avant même de pouvoir utiliser leurs épées fraîchement dégainées. Avant de pouvoir jeter le troisième couteau, je remarquais deux hommes qui se dirigeaient vers l'escalier menant aux chambres.

N'y pensez même pas !!

D'un coup lent de mon poignet, j'envoyais le troisième couteau à travers la pièce principale et il atterrit profondément dans le dos d'un des deux hommes qui essayaient de monter l'escalier.

Je n'avais qu'une idée en tête : protéger Gabrielle.

J'attrapais le balai dans le coin et esquivais des guerriers en colère, tandis qu'ils essayaient maladroitement de m'arrêter, sous-estimant soit ma vitesse soit mes capacités. Je soupesais le bois solide dans mes mains comme si c'était un bâton de combat et bloquais le chemin. Mon sourire sauvage suppliait l'autre homme d'essayer de passer. D'autres pilleurs s'attroupaient derrière lui et dégainaient leurs armes, pressés de se débarrasser de moi, cette satanée bonne femme qui avait déjà tué quatre des leurs. A cet instant, je fis la promesse de les tuer tous et de mourir en essayant.

" Taren, pose ça. " Je me retournais et regardais la personne à qui appartenait cette voix douce tandis que les hommes que je retenais ricanaient. Gabrielle était debout sur l'escalier, fermement emprisonnée par un couteau sur sa gorge et un géant plein de cicatrices, avec un sourire sans dents qui la tenait. Je laissais immédiatement tomber le balai, comme s'il était fait de serpents.

" Ne lui faites pas de mal ", dis-je. Je les aurais supplié s'ils me l'avaient demandé. J'aurais fait n'importe quoi s'ils me l'avaient demandé.

" Ah mais je n'ai aucune intention de lui faire du mal... " La voix derrière moi était calme, bien que j'entendais une faible excitation qu'il essayait sérieusement de cacher. Il avait la voix qu'aurait un rapace chassant une souris dans les bois, sûr de lui même et au pouvoir sinueux. " Quoi que... ", Modifia-t-il. Je pouvais entendre son sourire vicieux glisser sur son visage.

Je me tournais et me trouvais face à face avec un homme massif. Ses cheveux longs, couleur paille lui arrivaient jusqu'aux épaules et contrastaient avec le cuir noir et l'armure argentée qu'il portait. Des lames de formes et de tailles différentes étaient attachées sur son corps d'une façon ou d'une autre. Il y en avait même deux petites dans des ingénieux petits fourreaux dans ses gants. Un oeil aussi blanc que la lune me regardait. Là où il y aurai du y avoir son autre oeil était remplacé par une cicatrice longue et dentelée.

Gabrielle regardait l'homme avec dédain.

" Phorcys ", dit-elle, sa voix était nette et sure.

" Comment va ton épaule, ma petite? ", demanda t-il pour faire la conversation.

Elle bougea sous les mains de son ravisseur et le couteau se rapprocha de sa gorge jusqu'à en faire couler quelques gouttes de sang, ce qui me mit encore plus en colère. Je serrai et desserrai mes poings le long de mon corps, essayant de ne pas mettre la barde davantage en danger en me lançant dans une attaque suicidaire contre ces sales porcs qui oseraient lui faire du mal. J'entendis encore les bruits d'une faible bataille dans la rue et compris que notre village avait perdu. Il n'y aurait pas de secours pour nous aujourd'hui, surtout sans Xena.

Je maudis les Parques pour leur mauvais minutage. En un vacillement de la flamme d'une bougie dans n'importe quelle direction et la guerrière n'aurait jamais vu ce moment compromettant. Elle serait là maintenant et ces hommes... ne le seraient pas.

" Ah-ah-ah! ", dit Phorcys, en remuant son doigt devant la barde. Il tira sur un de ses gants et étira ses doigts, le cuir craquant avec satisfaction. " Pas de ruse, ma petite. Cette fois elle va devoir venir vers moi. Et je ne serai pas aussi généreux qu'avant. Elle devra mériter sa mort. " Il leva ses yeux vers Gabrielle avec l'oeil froid d'un prédateur. " Et ça prendra peut-être deux lunes... ou plus. " Son sourire était aussi étroit et froid que l'air au sommet du mont Olympe.