Something more than this

Chapitre 17




  Gabrielle prit un moment pour examiner leur cellule improvisée. Elle supposa, d'après le chemin que le pilleur avait pris en haut de l'escalier, que c'était une des petites chambres de l'autre côté du hall en face de la chambre qu'elle partage avec Xena. La pièce n'avait pas de fenêtre, ce qui veut dire qu'elle se trouvait dans l'intérieur de l'auberge, une supposition soutenue par des bruits sourds d'hommes riant et criant qui traversaient les planches du parquet. Elles étaient dans une pièce peut-être totalement au-dessus de la pièce principale. Elle fronça les sourcils. Ce n'était pas bon signe.

Elle toussa et écouta les réactions et mouvements derrière la porte; elle dressa le cou pour entendre un petit bruit de bottes frottant les planches, le craquement faible de cuir, le soupir d'une chaise antique supportant à peine la charge trop lourde. Un seul garde. Elle souria un peu. C'était bon signe. Ca veut dire que Phorcys ne pensait évidemment pas que qu'elles deux pouvaient être capables de se battre. Ce qui voulaient donc dire qu'il avait aussi sous-estimé leurs esprits. Et c'était encore mieux.

La barde regarda Taren, qui commençait à somnoler sur le lit, ses yeux s'abandonnaient au sommeil depuis un peu plus d'une marque de bougie malgré les protestations baillées de sa bouche. Gabrielle était inquiète à propos des blessures de la jeune femme qui paraissaient plus grave que ce qu'elle voulait bien en dire, mais Taren avait calmement admit qu'elle avait passé la nuit assise sous un arbre et n'avait pas beaucoup dormi. Gabrielle se demandait seulement pourquoi Taren avait pu faire ça. La réponse fut immédiate dans sa tête avec la finesse de recrues de deux jours. Xena.

Un serrement au coeur et de la tristesse engloutit Gabrielle avant même de pouvoir y faire quelque chose. Elle surfa sur la vague, laissant la perte et la douleur monter puis redescendre. Et quand la vague de tristesse recula, elle fut remplacée par de la colère.

Maudie Xena ! Pourquoi tu n'as pas simplement-

Son esprit souffrait, se souvenant de toutes ces nuits solitaires qu'elle avait passé à rêver des mains sures et douces de Xena. A rêver de ses yeux gemme et lueur de feu, remplis d'amour et de désir. De sa respiration passionnée sur son corps. Encore maintenant, ces pensées réveillaient un désir très fort, profond et puissant chez elle. Et encore maintenant, elle se souvenait du desespoir dont elle souffrait, sachant que la guerrière ne partageait pas ses sentiments.

Mais tout cela changea en une phrase incroyable. Xena était amoureuse d'elle. Elle l'avait vu dans les yeux de Xena après l'accusation faite par Taren. Ils avaient été complètement ouverts et emplis d'émotion, ce que la barde n'avait jamais vu auparavant. Soudain, des barrières que la barde pensait comme allant de soi étaient tombées. Et Xena s'était enfuie.

Pourquoi ne m'as tu rien dit?!

Elle laissa sa tête tomber sur ses genous et laissa ses larmes couler.

Toutes ces nuits gâchées! Toutes ces nuits où je m'endormais à force de pleurer! Je t'aimais! J'avais besoin de toi! Et tu m'as caché ça! Tu l'as caché comme un trésor, comme une babiole trop somptueuse pour moi, indigne -

La tête de Gabrielle se redressa d'un coup; elle voyait de nouveau dans son esprit ces yeux bleu clair et la vraie raison pour laquelle la guerrière avait fuit. Ce n'était pas le chagrin d'être amoureuse d'une petite fermière... Elle retint son souffle de surprise.

C'était la peur.

C'était la peur de perdre la seule chose qui comptait vraiment, la seule chose qui avait changé... non, qui avait recréé leur vie à toutes les deux. C'était la peur de perdre leur amitié et avec cela, leur raison de vivre.

Gabrielle soupira et comprit que c'était cette même peur qui lui avait fait garder le silence à elle aussi. De qui se moquait-elle? Elle n'avait pas du tout été honnête vis à vis de ses sentiments non plus, n'est ce pas?

D'un air piteux, elle gloussa. Je suis contente d'avoir eu cette petite discussion avec toi, Barde, pensa t'elle. Pendant ce temps, tu es prisonnière d'un ancien capitaine de Xena, très fâché de surcroît, et tu as peut-être - oh je ne sais pas - des problèmes plus pressants en ce moment!

Il fallait qu'elle trouve une manière de sortir de ce pétrin et sans l'aide de Xena, elle n'était pas sure quand - elle déglutina avant la fin de la phrase - ou si la guerrière allait revenir. Une vague de desespoir la fit presque s'étouffer mais elle ne se laissa pas faire et essuya les larmes qui commençaient à se former.

Je n'ai pas de temps pour ses tendances dramatiques et stupides, se réprimanda t'elle. Je vais nous sortir de là et ensuite je passerai le restant de ma vie à chasser, s'il le faut, la gardienne grande et magnifique de mon âme jusqu'au bout du monde. Et une fois trouvée, elle sera à moi.

Le sourire sauvage et déterminé qui apparaissait lentement sur le visage de Gabrielle s'enfuit quand la porte de la cellule s'ouvrit avec fracas. Taren se redressa avec précipitation, pas complètement réveillée; elle jura et cria, se mordant les lèvres à cause de la douleur qui avait sans doute explosée dans sa poitrine. Gabrielle grimaça, empathique.

Un trio d'hommes souriants, couverts de cuir et d'armes se tenaient debout, dans l'embrasure de la porte, précédés de l'homme cruel et laid responsable des blessures de Taren.

" Le patron vous veut toutes les deux en bas tout de suite ", annonça un des sous-fifres.

Gabrielle combattit la terreur qui la traversa en imaginant le géant sans dents en train de réciter de la poésie, plus particulièrement des poèmes contenant beaucoup de mots commençant par le son 's'. Le petit sourire que cette fantaisie provoqua et l'étincelle joyeuse qui l'accompagnait dans ses yeux énerva complètement les sombres gardes.