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La dernière lueur du jour glissa derrière l'horizon, plongeant le village désormais sous le contrôle des pilleurs dans une obscurité profonde, sans même la lumière de la lune. Une silhouette silencieuse émergea de la forêt et pris le temps de regarder les mouvements de va-et-vient autour d'elle. Elle laissa ses yeux clairs passer d'un groupe à l'autre, d'un homme à un autre, jugeant froidement, calculant furtivement. Après avoir choisi sa stratégie, l'ombre silencieuse se faufila derrière deux gardes qui discutaient tandis qu'ils échangeaient des flatteries sur le buttin qu'ils avaient raflé dans le pillage. Elle les écouta pendant un moment, amusée d'un air grave et complètement inaperçue même si elle était tellement proche d'eux qu'elle sentait leur halène fétide. Impatiente d'atteindre son but et énervée par leurs flatteries, elle glissa ses doigts vers leur gorge et appuya brutalement sur le même point d'appui, laissant les hommes tomber dans leurs quolibets. Le moment d'après, leur corps mou disparaissait. L'ombre répéta cette manoeuvre plusieurs fois jusqu'à ce que la population de pilleurs en dehors de l'auberge soit substantiellement amoindrie. Grâce à sa vitesse et à son talent mortel, personne n'avait été alerté. " Phorcys, tu es un idiot ", respira t'elle, se rapprochant furtivement de l'auberge et de la paire ou du trio de pilleurs, certains soûls, la plupart d'entre eux stupides et incapables. Son ancien-capitaine ne savait pas diriger ou même faire entendre raison à ces rustres et Xena souhaita, juste l'espace d'un instant, pouvoir entrer, prendre pouvoir sur ce petit groupe et leur montrer comment faire du bon travail. Elle savait depuis qu'elle avait vu le premier pilleur que Phorcys avait pris le contrôle de Galasia. C'était dur de ne pas voir les ceintures noires et argentées que ses hommes portaient en son honneur. Elle renâcla un peu, se souvenant d'un Phorcys beaucoup plus jeune et qui avait lui-même porté une de ces ceintures. Noire et cobalte. En son honneur à elle. Tu aimes toujours ça hein? Ca m'étonne pas. Elle ne lui avait pas demandé de porter la ceinture. En fait, en tant que chef militaire, elle préférait que ses hommes ne montrent aucune allégeance visible envers elle - pas d'écusson, pas de drapeaux flottant dans le vent. Elle aimait ce moment de doute quand l'ennemi se demande à qui ils ont affaire dans la bataille. Ca avait souvent émietté les défenses mentales de certains de ses meilleurs adversaires. Alors quand Phorcys avait commencé à porter ses couleurs, elle lui avait ordonné d'arrêter. Elle ne comprenait pas vraiment pourquoi il les portait de toute façon. Elle n'avait jamais couché avec lui, ne lui avait jamais fait de faveurs ou montrer de l'attention, pas vraiment du moins. Il était un capitaine suffisant et sans imagination qui aimait les couteaux, le rhum amer et les batailles. Elle avait pensé, à l'époque, que toute cette histoire de ceinture était bizarre et avait besoin d'être écrabouillée avant que d'autres soldats ne décident de faire pareil. Par conséquent, quand il avait porté ses couleurs pendant la bataille suivante, à l'encontre de son ordre, elle n'avait pas eu le choix. Après leur victoire, pendant que l'armée célébrait ça, elle avait arraché la ceinture sur Phorcys devant la plupart de ses hommes, le rabaissant à cause de son goût pour les couleurs et autres 'jolies choses'. Ensuite, elle le rabaissa de son rang, citant -entre autre- son incapacité à suivre les ordres. Et l'avait aussi fait fouetter, juste pour vérifier de s'être bien fait comprendre. Et ça avait fonctionné. Plus qu'elle ne le pensait. Il avait boudé pendant des lunes mais était resté dans l'armée, avait continué à se battre en son nom comme avant. Sauf que peut-être son humiliation publique n'avait pas fait que lui faire comprendre. Elle avait toujours soupçonné -après coup, bien sûr- que cela avait aussi réveillé son imagination. Une nuit, dans un camp silencieux rendu agité par une tempête qui s'approchait, une silhouette silencieuse s'était déplacée furtivement entre les soldats endormis et en choisit quelques uns qui goutteraient à sa lame. Une fois leur gorge tranchée, il se dirigea vers une autre tente et y pénétra. La lame qu'il avait levé était sa préférée et il avait déposé un baiser sur la lame avant de la descendre violemment, de toutes ses forces. Le coup était bien ciblé et avait pour but d'empaler le coeur de sa victime. Ca avait échoué. Pendant que la lame descendait, elle avait été attrapée par des mails beaucoup plus rapides et beaucoup plus puissantes. Et avant même de pouvoir comprendre le dangereux changement de plan, le couteau avait fini sa course enfoui dans son propre oeil. Il avait crié et crié pendant que Xena s'était accroupie au-dessus de lui qui se tortillait, lui détaillant avec des images intenses comment il allait mourir. Et quand d'autres soldats lui avaient rapporté que parmi les soldats morts figuraient deux de ses meilleurs capitaines, elle avait dit à ce morceau de chair tremblante qu'il allait souffrir avant de mourir - une lune de douleur pour chacun d'entre eux. " Tu as toujours été chanceux, Phorcys ", grommela la guerrière tandis qu'elle se débarrassait de ses souvenirs. Elle avait eu une lune avec lui avant que son chemin ne croise celui du Fils de Zeus, changeant sa vie à jamais. Dans le chaos qui avait suivi, personne n'avait remarqué disparaître un morceau de viande pathétique, torturé et borgne. " J'aurais du te tuer avec cette lame. " Une émotion sombre bouillait dans son ventre alors qu'elle pensait à la barde qui était sans doute prisonnière de Phorcys dans son nouveau quartier général. " Et tu lui fais du mal, tu regretteras que je ne l'ai pas fait avant. " |