Something more than this

Chapitre 19




 

Je suivis Gabrielle qui descendait l'escalier ; je mordais ma lèvre pour éviter de haleter tandis que mes côtes me torturaient et me faisaient l'effet d'avoir été la cible d'éclairs. J'essayais de me concentrer sur ma respiration mais ça ne faisait qu'empirer les choses. Je me contentais donc d'étudier Gabrielle qui me précédait dans l'escalier ; il y avait quelque chose de différent à propos d'elle.

 

J'essayai de comprendre pendant un moment, me rendant soudain compte que toute sa gentillesse avait disparu et avec elle, sa vulnérabilité.

 

Elle tenait sa tête plus haute et ses épaules plus droites. Son regard ne faiblissait pas et ses muscles étaient tendus.

 

Royale, pensai-je. Elle ressemble à une reine. Mes Dieux ! Elle a tout d'une princesse comme cela!

 

Je me tint plus droite en réponse et ajustai un peu mon attitude, me plaçant derrière elle et légèrement à gauche d'elle. Si elle jouait le rôle de la royauté, alors je jouerais celui de son garde.

 

Je pliai mes bras et me préparai à me battre, et l'expression sur mon visage devint hargneux. Dans mon esprit, j'étais ridicule et je ne faisais qu'imiter la vraie protectrice de la barde, mais je jouerai ce rôle même si je devais en mourir. Ce qui arrivera sans doute, vu la douleur dans laquelle je me trouvais.

 

Les gardes qui étaient venus nous chercher nous menèrent vers une table près du foyer où était assis Phorcys qui souriait maléfiquement, comme une panthère s'apprêtant à manger de la viande crue de princesse.

 

" Voulez-vous vous joindre à moi, mesdames? " Sa question était demandée poliment et aussitôt ignorée. Il attendit quelques instants avant que son sourire s'efface et d'acquiescer vivement. Gabrielle et moi fûmes jetées sur une chaise.

 

" C'est mieux. " Son sourire était revenu.

 

" Qu'est-ce que tu veux, Phorcys? " demanda Gabrielle avec arrogance. Ses yeux eurent une étincelle de vert émeraude et je pouvais facilement voir de l'impatience et de l'irritation dans son regard. Ce que je ne pouvais pas voir, c'était de l'hésitation, et cela releva ma confiance en moi-même. Je me renfrogna.

 

" Je veux que tu me dises où elle se trouve ", dit-il d'une voix basse menaçante.

 

Ah, pensai-je. Tu as peur que ta proie soit belle et bien partie, n'est-ce pas?

 

" Je n'en ai aucune idée ", répondit doucement la barde. Et c'était bien la vérité. Je pouvais entendre la tristesse vaillamment combattue dans sa voix.

 

La gifle en revers arriva si rapidement qu'aucune de nous deux ne s'y attendait. Le coup vicieux projeta Gabrielle hors de sa chaise et sur le sol. Je me leva précipitamment de ma chaise mais me retrouva coincée par deux gros bras qui me serraient pour ne pas que je les frappe avec mes bras. Je me fichais désormais de la douleur et du danger. Je voulais tous les tuer.

 

Phorcys me regarda un court instant avant de re-diriger son regard vers Gabrielle qui, si cela était possible, avait l'air encore plus arrogante et plus royale sur le sol en train d'essuyer du sang de son menton qu'elle n'avait eu l'air en train de descendre l'escalier. Je me battis encore plus fort.

 

" Dis à ton Amazone de se calmer avant que je n'ordonne à Jirkar de lui arracher les bras. "

 

Mes yeux se dirigèrent d'un coup sur Phorcys qui était toujours assis sur sa chaise ; il avait l'air nonchalant et de s'ennuyer. Il attrapa une tasse avec du liquide foncé et en prit distraitement une gorgée.

 

Son Amazone?? Mais de quoi parlait-il?

 

Je m'arrêtai de me débattre dans les bras de Jirkar, en partie parce que je ne comprenais pas et en partie à cause de Gabrielle qui me regardait soudainement avec ses yeux grand-ouverts. Elle retrouva enfin sa voix ; la distraction dans ses yeux disparut rapidement. La princesse était de retour, ses yeux froids et vaillants.

 

" Taren, je vais bien. Vas t'asseoir s'il te plaît. "

 

Jirkar me fit asseoir sur la chaise avec une telle force que mes dents s'entrechoquèrent. Je me pliai presque en quatre à cause de la douleur atroce dans ma poitrine. Des larmes que je ne pouvais retenir commencèrent à apparaître dans mes yeux. Jusqu'à ce que je voie Gabrielle se lever.

 

Gabrielle se releva du sol, avec un équilibre et une grâce que je n'avais jamais vue chez aucune femme, elle dépoussiéra sa robe et retourna s'asseoir. Elle ne me quittait pas des yeux et posa sa main sur mon bras.

 

Phorcys serra sa mâchoire. " Arrêtez de jouer - "

 

" Attends! " cria Gabrielle, ne détachant pas son regard du mien. Phorcys obéit à cet ordre surprenant. Je ne sais pas qui était le plus choqué par cela à ce moment-là, lui ou moi.

 

Gabrielle m'attrapa doucement le poignet avec ses doigts.

 

" Tu vas bien ? " me demanda t'elle avec intensité. Je savais qu'elle savait que j'avais vraiment un problème. Son inquiétude, comme de l'eau pure et limpide, fit de cette douleur quelque chose de plus supportable. J'acquiesçai une fois et laissai mon regard se durcir tandis que j'essuyais un filet de sang qui coulait le long de mon menton.

 

" Je le tuerai pour vous, Madame ", chuchotai-je. Je ne jouais plus un rôle et je le savais. C'était une promesse faite par un serviteur dévoué. L'odeur de sa chair en train de pourrir serait la plus douce des odeurs pour moi.

 

Phorcys reprit ses esprits et éclata de rire.

 

" Celle-là c'est une bonne! Je vais me faire un plaisir de la regarder se faire étriper par Jirkar et Yrjo! " Il acquiesça encore une fois et je sentis qu'on me soulevait de ma chaise.

 

Si les regards pouvaient tuer, Phorcys aurait été écorché vif.

 

" N'essaye même pas! " Un muscle dans la joue de Gabrielle se crispa sous la pression de sa mâchoire serrée.

 

Phorcys posa brusquement sa choppe sur la table et se pencha en avant. "Alors tu as intérêt de me dire où elle est, SALOPE! Sinon je vais non seulement te forcer à regarder pendant qu'ils vont l'étriper mais je vais aussi te faire porter ses entrailles! Où est Xena ??"

 

"JE NE SAIS PAS!!" cria la barde, en tapant les paumes de ses mains contre la table. "Combien de fois va t'il falloir que je te le dise? Dans combien de langues faut-il que tu l'entendes? Tu veux que je te fasse un dessin sur le mur? Est-ce que des dessins t'aideraient ?!"

 

Elle était tout simplement magnifique. Je savais que c'était idiot de penser à ça alors que j'étais assise sur cette chaise, avec des côtes cassées, sur le point d'être tuée par deux pillards malodorants. Mais c'était la vérité. Avec ses narines évasées de rage, avec ses sourcils en forme de V au-dessus de ses yeux... et quels yeux... Clairs et forts, avec des petits cumulonimbus à l'intérieur, accompagnés d'éclairs de foudre. Elle était absolument somptueuse.

 

Malheureusement, je n'étais pas la seule à l'avoir remarqué.

 

Toute une gamme d'émotions clignotait sur le visage de Phorcys. Le choc créé par ce déchaînement fut rapidement remplacé par ce que je ne pouvais décrire que comme de l'hésitation. Il jeta un coup d'oeil vers la porte de l'auberge puis regarda ses poings recouverts de cuir. Le cuir noir craqua de protestation quand il serra les poings de plus en plus fort et je pensai brièvement que les coutures allaient simplement se défaire, laissant tomber les gants sur la table en un petit tas inutile. Juste avant que les premiers points de couture ne cèdent, ses mains s'immobilisèrent. Je levai les yeux pour voir que son sourire de panthère était de retour.

 

Il se redressa et marcha lentement autour de la table, son sourire toujours intact. Gabrielle se leva et recula d'un pas et pour la première fois depuis avoir descendu l'escalier, je voyais du doute s'installer dans ses muscles.

 

"Peu importe," dit-il en posant doucement le dos de sa main contre la joue de Gabrielle. Elle tressaillit à cause du contact et essaya de se reculer encore d'un pas mais son passage était bloqué par une table. "Après tout, j'ai bien dit que je voulais qu'elle vienne à moi cette fois-ci n'est-ce pas?"

 

Mes yeux faisaient un va-et-vient entre ceux de Phorcys et ceux de Gabrielle. Je sentais un noeud se former dans mon estomac et je sentais que mes bras devenaient faibles d'appréhension. J'avais un mauvais, très mauvais pressentiment à propos de tout ça. Il était trop gentil. Il était trop agréable.

 

Et le mal déferla par vagues.

 

"Mon erreur passée a été d'essayer de la piéger de force. J'aurai dû comprendre que cela n'allait pas fonctionner. Elle est trop maligne, vous savez. Trop prudente pour ça." Il  faisait des demi-cercles autour de Gabrielle en marchant, laissant son oeil effleurer son corps de temps en temps.

 

"J'aurai dû comprendre ce qui avait besoin d'être fait dès l'instant où je t'ai vu, ma petite", continua t'il tandis que, distraitement, il laissait son doigt caresser le bras nu de Gabrielle. L'hésitation de celle-ci se transforma en peur. Je pouvais presque le sentir. Mon coeur battait dans mes oreilles.

 

"Enfin, elle est comme une maman ours avec toi, n'est-ce pas? Elle a tué cinquante de mes hommes et ensuite elle a tout simplement disparu. Elle s'était volatilisée. On a cherché et cherché mais on n'a jamais trouvé où elle t'avait emportée." Il s'arrêta et plaça la pointe de son doigt sur la lèvre inférieure de Gabrielle.

 

"Elle s'inquiétait pour toi, c'est bien ça?"

 

Je voyais les tremblements le long de la colonne vertébrale de Gabrielle et je commençai à me lever de ma chaise. Je ne ressentais pas de douleur...juste un désespoir rugissant et bourdonnant qui me rendait presque sourde.

 

"Oui", la barde admit.

 

"Elle prend soin de toi, oui?" Son doigt glissa sur son menton et le long de sa gorge, glissant encore plus bas jusqu'à ce qu'il atteigne le crescendo de ses seins sous le tissu de sa tunique. Elle essaya de se reculer mais la fichue table était juste derrière elle! Je sentis de la bile monter dans ma gorge et je pensais que j'allais vomir! Ca ne pouvait pas arriver. Ca ne se pouvait pas!

 

Gabrielle ne lui répondit pas. Elle verrouilla son regard sur celui de Phorcys dans un dernier effort de montrer sa confiance en elle-même, et je sais qu'elle ne se sentait pas confiante du tout.

 

Le salaud modifia la trajectoire de son doigt et le dirigea vers son côté jusqu'à ce qu'il fasse une halte suspicieuse sur la courbe de sa hanche, le reste de ses doigts s'ouvrant en éventail tandis qu'il serra sa main sur sa taille. Il répéta, beaucoup plus lentement, le même mouvement avec son autre main et Jirkar ricana derrière moi.

 

"Si je te tuais, ma petite, combien de temps crois-tu que je resterais en vie?"

 

Gabrielle ricana un peu et Phorcys sourit.

 

"C'est bien ce que je pensais. Et je ne peux pas mourir avant d'avoir eu ce que je veux, n'est ce pas? Non, j'ai besoin de quelque chose qui la fera se mettre à genoux. Quelque chose qui la rendra suffisamment folle pour qu'elle fasse une erreur. Et je sais ce qui fera l'affaire."

 

Sa main droite se serra sur la taille de Gabrielle et il la souleva et la jeta sur la table la plus proche, elle atterrit sur son dos avec un gros boum.

 

"Noooooon!!", criai-je tandis que mes gardes m'attrapèrent et essayèrent de me tenir tranquille. Gabrielle commença aussi à crier, luttant pour trouver un point d'appui sur la table pour pouvoir donner un coup de pied à ce salaud. Phorcys immobilisa ses deux mains au-dessus de sa tête avec son bras massif et lui fit enlever ses pieds de l'autre table.

 

Gabrielle luttait de toutes ses forces ; des larmes coulaient sur son visage et ses cris me frappaient comme des coups. Sa terreur était atroce pour moi. Pire que la plus douloureuse et la plus horrible des morts.

 

"J'aime avoir un public admiratif", Phorcys rigola tandis qu'il souleva la tunique de Gabrielle jusqu'à la taille et écarta ses jambes avec force.

 

Ensuite il déboucla sa ceinture.







Depuis le 28/07/2008