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Chapitre 20
Xena rôdait le long de l'auberge, s'immisçant vers l'arrière du bâtiment où elle espérait qu'il y aurait moins d'activités. La porte d'entrée avait disparu et il y avait bien trop de soldats; ils regardaient quelque chose à l'intérieur qui avait l'air de les intéresser. Elle savait qu'elle pouvait s'en occuper. Aucun d'entre eux n'était conscient de sa présence. Mais les risques étaient trop grands.
Non. Sa tactique ici, c'était la surprise. La vie de Gabrielle était en jeu et c'était la seule chose sur laquelle elle ne prendrait jamais de risques. Jamais.
Elle se glissa le long du coin du bâtiment et eut un sourire en coin. C'était bien ce qu'elle avait pensé, seulement deux gardes surveillaient la porte de service et aucun des deux ne faisait vraiment ce qu'il devait faire. En fait, ils regardaient tous les deux par la fenêtre et ricanaient de ce qu'ils voyaient. Des bribes de leur conversation flottèrent jusqu'à elle grâce à la brise nocturne.
"Et ouais, il commence..."
"Bien joué... T'as vu ça?" Le rondouillard donnait un petit coup de coude à l'autre garde, plus grand que lui.
"... direct sur la table... bonne idée..."
Xena pensait qu'un concours avait lieu. Un combat de dextérité peut-être? Ses hommes s'étaient livrés eux aussi à de tels combats après une victoire. Elle étira ses sens vers l'extérieur, les laissant se balader comme des vrilles autour d'elle. Elle n'entendait pas de bruits de combat, même simulés. Elle entendait juste une voix grave d'homme et le cliquetis sourd de bottes sur le parquet.
Qu'est ce qui est si intéressant?, se demanda t'elle, abandonnant l'idée du concours. Personne ne pouvait se battre en faisant si peu de bruit.
"Regarde ça... l'autre ACY maintenant..." Le garde le plus grand s'approcha de la fenêtre en se léchant avidement les lèvres. Le rondouillard sourit d'un sourire sadique et ses yeux, d'un plaisir évident, devenaient bridées.
Xena devint tout à coup énervée, son sang déferlait comme une rivière dans son corps. Son esprit remettait les pièces du puzzle en place rendant l'image de plus en plus claire. Là, flottant sur une autre douce brise, la dernière pièce du puzzle s'est brusquement installée. L'odeur piquante et rance masculine emplit ses narines.
"La barde ne pourra plus se tenir--" Leur conversation se termina à jamais quand l'épée de Xena leur transperça le cou en un puissant mouvement. Elle se dépêcha de regarder par la fenêtre lorsque ses cris éclatèrent à l'intérieur. Horrifiée, elle vit Gabrielle déployée comme un aigle sur une table, sous le regard méprisant de Phorcys, tandis que Taren le suppliait d'arrêter, de la prendre à sa place.
Xena libéra sa rage et laissa son pouvoir invaincu s'immiscer à l'intérieur d'elle comme un brasier attisé par l'obscurité et les huiles de la colère et de la haine. Elle se recula de deux pas et ensuite elle s'élança en avant, passant à travers la fenêtre dans une explosion de verre et de bois. Mais c'était son cri de guerre à vous figer le sang dans les veines qui annonça réellement sa présence.
Les deux gardes qui tenaient l'aubergiste qui sanglotait et qui se débattait furent les premiers à réagir, abandonnèrent leur prisonnière et chargèrent la guerrière. Taren, maintenant libre, cria et fonça violemment sur Phorcys qui était devenu blanc à la vue de Xena en train de se lancer à travers la fenêtre. Il tâtonnait toujours la boucle de sa ceinture quand l'aubergiste l'aveugla, les faisant tomber tous les deux dans un fouillis brutal.
Xena étripa le garde à la tête de cochon tandis qu'il était à portée d'elle, contrant son coup faible sur son protège-bras et poussa son corps sans vie hors de son chemin. Le géant sans dents avait un peu plus de réussite car son épée et la sienne s'entrechoquèrent une fois avant qu'elle ne le fende avec son poignard. Son sang chaud glissa le long de son bras pendant un moment tandis qu'elle tenait son corps massif et droit sur la pointe de la petite arme, ensuite elle tira brusquement son bras en arrière et se décala, laissant le corps sans vie tomber sur deux soldats qui essayaient de la flanquer.
Ses yeux scannèrent la pièce et virent que d'autres pillards se dirigeaient vers elle. Elle ne leur prêta pas attention pour l'instant, ses yeux cherchaient Gabrielle et la trouvèrent enfin dans tout ce chaos. Xena sourit quand Gabrielle, utilisant un balai abandonné comme si c'était un bâton de combat improvisé, balança une série de mouvements sophistiqués, désarmant ainsi deux hommes et jetant un autre par terre sur son derrière. Déterminée, elle se créait un chemin vers la bataille qui faisait rage sur le sol et décourageait avec acharnement les hommes qui essayaient d'aider leur chef.
Cependant, le sourire de Xena disparut quand elle vit du métal sur une petite pointe braquée sur le cœur de la barde. Elle attrapa son chakram sur sa hanche et le lança sans hésitation, le disque en métal sifflait et coupa l'arbalète et l'archer en deux. Elle eut à peine le temps d'attraper l'arme après son chemin retour que huit pillards foncèrent sur elle, leurs épées scintillaient à la lueur du feu.
Xena sauta d'un bond en hululant, recroquevillant son long corps à la dernière seconde et fit un salto presque nonchalamment. Elle retomba comme une pierre sur la tête du soldat le plus rapide, lui brisant la nuque comme si c'était du roseau sec. Elle le poussa tandis qu'il tomba sous ses pieds et délivra une rafale de coups de pied à des hommes abasourdis qui essayaient d'accélérer dans le but de soutenir leurs collègues.
Xena laissa la gravité la porter presque jusqu'au sol, ses genoux se pliant à ras du sol, la faisant s'accroupir. Une andouille poilue, croyant à tort qu'elle chutait, regarda son épée et le manche de l'épée se fracasser sur le sol et se détacher net, tandis que la guerrière se releva d'un coup. Le salto arrière de Xena la fit atterrir derrière trois guerriers stupéfaits qui ne réussirent pas à se tourner ni même à esquiver les marques mortelles pour tous les deux faites par la guerrière.
Elle rattrapa le corps du milieu avant qu'il ne tombe et fonça en avant avec un cri perçant, utilisant la chair morte comme un bouclier contre une nouvelle fournée de coups sifflants qui n'étaient pas particulièrement bien visés. Esquivant les résistances du dernier groupe comme cela, Xena sortit de la mêlée en tranchant et poignardant sans même transpirer d'une goutte.
Quand les coups s'arrêtèrent enfin, elle dégagea ce qui restait du dernier agresseur de Gabrielle en le déconcentrant assez longtemps pour que la barde l'assomme et qu'un craquement provenant de son épais crâne puisse être entendu. Il ne restait à Xena plus qu'une chose à faire.
Elle se tourna et vit Phorcys et Taren tous les deux en train de rouler par terre en se criant dessus et s'insultant. Taren utilisa son élan tandis qu'ils roulaient et se retrouva sur le chef militaire, à califourchon sur son torse. Surprise, la guerrière pris conscience que Taren tenait un couteau dans les mains et essayait à tout prix de le poignarder mais ses mains étaient bloquées par la poigne de fer de Phorcys. Elle grognait comme un chien enragé, des larmes coulaient sur son visage et tombaient sur les vêtements en cuir du guerrier en créant des motifs étranges.
Xena s'avança de deux pas vers le duo, elle avait l'intention de terminer la bataille une fois pour toute quand elle vit Taren se raidir totalement.
La bouche de l'aubergiste longiligne moussait; Xena vit quelque chose se briser chez cette femme qui d'un ton hargneux dit :
"Espèce de foutu... borgne... putain... de fils de... PUTE!!"
Sur le dernier mot et à la surprise de tous, Taren releva le couteau ainsi hors de portée de Phorcys. Son unique oeil s'élargit quand il vit la jeune femme mettre sa tête en arrière et hurler, le son était si peiné que même Xena en fut surprise. Pendant qu'elle émettait ce hurlement inhumain, Taren baissa ses bras et, avec le reste de ses forces, enfonça le poignard dans l'œil restant de Phorcys... traversant même sa tête et le clouant au sol.
Xena et Gabrielle fixaient l'incroyable scène; le silence assourdissant ne fut rompu que par les sanglots de Taren et le léger bruit du sang de Phorcys qui coulait et s'accumulait autour de lui. Xena finit par s'approcher de la jeune femme dont les mains tenaient toujours fermement le manche du couteau.
"Meurs...meurs...meurs...meurs...meurs..." Les yeux de Taren étaient fermés et elle répétait et répétait ce mantra. Xena posa doucement son épée incrustée de sang sur le sol et tendit une main pleine de sang vers la jeune fille.
"Chuuut... Taren..."
La femme amochée tressaillit quand elle sentit Xena la toucher, s'éloigna de la guerrière tout en gardant ses yeux résolument fermés.
"C'est bon, Taren", dit t'elle d'une voix basse, faisant signe à Gabrielle avec son autre main de ne pas s'approcher davantage. "Tout est fini."
Elle leva son visage plein de larmes et ouvrit ses yeux couleur noisette. La fille qui se cherchait avait disparu et c'est une femme et une guerrière, les yeux désormais teintés par la reconnaissance morose de sa vocation et de sa vraie nature, qui la remplaçaient.
"Je ne pouvais pas le laisser faire, pas à elle", chuchota t'elle.
Xena lui serra légèrement le bras pour lui montrer qu'elle comprenait.
"Ou à vous", continua t'elle. "Je ne pouvais pas le laisser vous détruire comme cela."
"Lâche le couteau, Taren", dit Xena doucement, en clignant des yeux pour laisser échapper des larmes.
Gabrielle ne pouvait plus attendre et s'agenouilla vite auprès de l'aubergiste.
"Elle est blessée Xena. Je crois qu'elle a des côtes cassées."
Xena tira Taren vers elle et la tint délicatement dans ses bras; elle leva la tête et son regard rencontra des yeux verts remplis d'inquiétude et de peur. D'une main, elle toucha la joue de la barde tandis qu'une larme coula le long de son visage.
"Tu vas bien?", chuchota t'elle.
Se nouant dans les yeux bleus si ouverts pour elle, Gabrielle pouvait seulement acquiescer de la tête et poser sa main, ses doigts tremblants, sur celle de la guerrière sur sa joue.
Un gémissement venant de l'aubergiste blessée leur rappela qu'elles avaient du travail à faire et la main de Xena s'éloigna doucement de la barde. Un accord tacite se fit entre elles deux et elles prirent toutes les deux une profonde respiration et se levèrent, la guerrière soulevant avec facilité Taren dans ses bras.
Avec une efficacité née de l'expérience, la barde et la guerrière se mirent à transformer l'auberge ensanglantée en un centre médical improvisé. Des villageois qui étaient emprisonnés et dont les ravisseurs furent éliminés commençaient à affluer dans l'auberge, soit pour trouver de l'aide médicale soit pour retrouver leurs êtres chers desquels ils avaient été séparés.
Xena confia à trois femmes la tâche de s'occuper des blessés et demanda à deux hommes forts de garder la promesse qu'elle avait faite à Annis leur donnant les indications pour aller la chercher dans la prairie. Gabrielle formait une brigade de nettoyage, confiant à plusieurs hommes la tâche qui consistait à débarrasser le sol de l'auberge de ses horribles ordures.
"Attendez."
Elle les arrêta avant qu'ils ne commencent, scannant du regard la pièce avec intérêt. Il y avait du sang et des corps partout mais elle ne les voyait pas. Elle était beaucoup plus fascinée par les armes, éparpillées où leur propriétaire les avait laissées tomber pendant leur mort...
Chaque lame était propre et brillait à la lueur du feu.
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