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Elles se dirigèrent vers le sud après avoir mangé et après qu'Annis et moi leur eûmes donné tout ce que nous pensions leur être nécessaire, et après que Gabrielle m'eut enlacée avec une férocité qui serait gravée dans ma mémoire pour le reste de ma vie.
" Je vais écrire une histoire sur ce que tu as fait, Taren. Tu le sais, non ? "
" Pour n'avoir fait que mon devoir, Madame ? Cela serait gâcher un parchemin ", taquinai-je, remarquant le regard curieusement satisfait qu'elle avait. Il partit un instant plus tard, remplacé par un petit sourire.
" Je pense que tu ne m'as jamais appelée 'Gabrielle'. De tout notre séjour ici. "
" Et pourquoi l'aurais-je fait alors que vous aimez que je vous appelle 'Madame'? ", répondis-je avec mon timbre le plus flagorneur, souriant méchamment. La barde leva les yeux au ciel et rit.
" Ouais, c'est ça. "
Je me tournai vers Xena et souris. La guerrière me serra le bras pour me dire au-revoir, toujours en train de sourire à cause de l'échange joueur.
" Prends soin de toi, mon amie ", dit-elle d'une voix régulière, les yeux absorbés.
" Vous aussi, mon amie ", dis-je, acquiesçant légèrement en réponse d'un regard silencieux qui en disait bien plus. " Vous êtes toutes les deux les bienvenues ici, toujours. "
" Merci ", dit-elle; le mot était animé de gratitude.
Et elles partirent. Tout simplement.
Et j'étais de nouveau seule.
Il ne se passa pas, cependant, beaucoup de temps avant que je retourne là où tout avait commencé, le grand arbre oscillant sous le vent doux; il avait l'air de savoir quelque chose que je ne savais pas. Et après avoir grimpé sur quelques branches dans le feuillage, je compris pourquoi.
Empalé par un poignard et pendu juste au-dessus du niveau des feuilles, se trouvait un petit sac.
Avec hésitation, je touchai le couteau, le reconnaissant immédiatement comme étant celui avec lequel j'avais tué Phorcys. Son poignard préféré ciselé. Que je pensais avoir brûlé en même temps que son propriétaire. Je frissonnai.
Le laissant de côté pour le moment, j'ouvris le sac et mis ma main dedans et en sortis plusieurs objets. Le premier objet était un petit carré de parchemin, plié proprement. Le second était un rouleau, scellé par de la cire, un signe non familier le rendant d'une certaine manière officiel. Le troisième objet était un petit sac lourd de pièces de monnaie qui cliquetaient.
Je commençai par le parchemin plié, me doutant qu'il s'agissait d'une lettre de Gabrielle. Elle disait :
Taren,
Je crois qu'il faut que tu saches qu'il y a une autre raison pour laquelle j'écrirai ton histoire. J'étais sérieuse à ce sujet, tu sais. Et pas seulement parce que je suis une barde.
Cela a aussi un rapport avec le fait que je n'aime pas que tu m'appelles 'Madame'. Tu vois que tu étais sur la bonne voie, même si j'essaye encore de m'habituer à tout ça. Et les titres me rendent nerveuse.
Je divague, n'est-ce pas? J'en suis désolée. J'ai tendance à le faire. Enfin…
Je suis une Reine Amazone.
D'accord, cela semble très étrange de l'écrire, comme si cela le rendait plus réel. Et je voudrais bien tout t'expliquer, mais c'est une très longue histoire et Xena me lance ce regard qui dit " Dépêche-toi! ". Alors je vais juste parler du principal.
Je ne sais pas ce que tu veux faire de ta vie, mais je sais que tu ne veux pas t'occuper de l'auberge de ton frère. J'ai une idée. Tu me fais penser à moi il y a bien longtemps. A attendre une occasion de partir de mon petit village et d'entrer dans le monde réel.
Xena m'a donné ma chance. Je pense que c'est normal de te donner la tienne.
Le rouleau scellé est une lettre pour la Régente Amazone, Ephiny. C'est une recommandation pour une initiation dans la Nation Amazone. Je ne sais pas si c'est quelque chose qui te plairait, mais si c'est le cas, elles t'accueilleront. Je pense que tu serais heureuse là-bas. Et tu en as les capacités.
Si tu décides d'y aller, souviens-toi de ce que je t'ai dit quand tu approcheras la frontière et serre bien Ephiny pour moi. Nous n'y serons pas avant le Solstice, je pense.
Bien, je ferais bien d'y aller. Xena me regarde comme si j'avais perdu mes esprits.
Merci pour tout ce que tu as fait pour nous, Taren. Nous ne t'oublierons jamais. Et la Nation non plus, quoi que tu décides. L'histoire que j'écris fera partie d'histoires officielles et sera conservée dans la bibliothèque de rouleaux là-bas.
Prends soin de toi, mon amie, et j'espère vraiment te voir au Solstice.
Gabrielle.
Je clignai des yeux.
Je clignai de nouveau des yeux.
Je touchai le scellé du rouleau avec mon doigt, reconnaissant pour la première fois le Bouclier d'Artémis enfoncé dans la cire vert foncé. Cela me sembla logique maintenant. Tout se remit en place et les morceaux de mon destin commencèrent à dominer le tissu de ma vie.
Je regardai de nouveau la lettre, les yeux ronds, et je vis quelque chose que j'avais raté. Une note griffonnée précipitamment en bas. Elle disait :
Les dinars sont ce qu'on te doit. Je ne les reprendrai pas. Alors n'essaye pas, d'accord?
Le couteau te revient de droit.
Merci.
X.
Je me dirigeai vers le nord après avoir mangé et après qu'Annis m'eut donné tout ce qu'elle pensait m'être nécessaire, et après qu'elle m'eut enlacée avec une férocité qui serait gravée dans ma mémoire pour le reste de ma vie.
Et avant de m'en aller, j'enterrai ce détestable poignard - qui me revenait de droit, oui, mais que je ne voulais jamais revoir - dans la porte toute neuve de l'auberge de mon frère et je mis le feu au bâtiment. Mon cœur enfin libre, je regardais les flammes consumer le petit bâtiment sombre dans la lumière un peu jaune de l'aube, le détruisant complètement jusqu'à ce qu'il ne reste rien de plus qu'un tas d'os carbonisés et de souvenirs qui s'effaçaient.
Puis je posai mon arc et mon sac sur mon épaule et commençai à me diriger vers ma nouvelle maison. |
