Gabrielle se réveilla et vit sur les murs de la chambre des grandes ombres orangées et brillantes dues au coucher du soleil. Elle fut momentanément désorientée et chercha des souvenirs d'enfance ; elle était sûre que sa mère en gardait dans son ancienne chambre à Poteida. Enfin, son regard se fixa sur la trousse de secours posée correctement sur la table, à côté de la tasse dans laquelle elle avait bu du thé corsé. Elle se demanda naïvement comment elle avait pu atterrir aussi loin. La réponse s'abattit sur elle comme une douleur tiède qui la rendait à la fois heureuse et triste.
Xena, bien sûr.
Du regard, elle fit le tour de la pièce qui s'assombrissait, et se trouva bêtement en train de penser que la guerrière pouvait être encore là à la surveiller.
Ce n'est pas son genre, se dit-elle. A contrecoeur, elle admettait qu'elle aimait les petits gestes et les petites attentions supplémentaires qu'elle recevait. Gabrielle savait dans son cœur que ces petites attentions étaient le résultat d'un long dégel tardif de la guerrière, quelque chose qu'elle avait remarqué depuis un bon moment. Elle sourit et fronça immédiatement les sourcils en remarquant désagréablement que sa bouche était pâteuse et chaude.
On dirait que j'ai encore de la fièvre, pensa-t-elle tandis qu'elle se leva avec difficulté et qu'elle marcha vers la jarre d'eau. Elle se servit une grande tasse et la but rapidement ; elle remarqua que sa tête tournait moins qu'avant. Elle se servit une autre tasse, retourna près du lit, posa la tasse sur la table de chevet et s'allongea de nouveau dans le grand lit, avec un soupir d'abandon et de luxure. Elle ne pensait qu'à la seule chose qui rendrait ce lit encore plus agréable… ; elle rougit d'avoir eu cette pensée.
" Arrête ça, Barde ", se réprimanda-t-elle tandis qu'elle tendait le bras vers la tasse, en espérant que cela rafraîchirait son visage. " Tu rêves ". Une tristesse familière s'empara de son visage. " Elle me rend la tache difficile pourtant. ", soupira-t-elle.
Elle pensa brièvement à travailler sur l'histoire de Lidio et des actions héroïques qui avaient sauvé ce petit village, mais elle se souvint qu'elle n'avait pas vraiment assez d'informations pour commencer cette histoire. Elle décida d'attendre de pouvoir parler de nouveau avec l'aubergiste. Elle se sourit à elle-même, en pensant à Taren et se demandant comment Xena se sentait quand une autre femme obstinée succombait à l'obscurité de la princesse guerrière. Au moins, Taren était plus apprivoisée que Minya l'avait été. Elles avaient à peine survécu à l'hospitalité de Minya.
J'aimerais bien que tous les aubergistes puissent succomber à l'obscurité de la princesse guerrière, pensa t-elle mélancoliquement. Peut-être qu'on nous offrirait des chambres comme celle-ci plus souvent.
Elle se blottit sous les draps pendant un moment long et fautif et ensuite les repoussa violemment avec un grognement. Espèce de limace, pensa-t-elle. Personne n'aime les limaces. Il faut que je fasse quelque de productif.
Elle avait envie d'écrire mais les rouleaux semblaient lourds et ennuyeux. Ensuite, son visage s'éclaira par un sourire malicieux et elle fouilla au fond de son sac de rouleaux pour la diversion parfaite. Ca n'était pas grand-chose, vraiment. Des carrés de parchemin coupés également et cousus sur un côté et reliés par du cuir. Gabrielle fit parcourir amoureusement ses doigts sur le cuir, qui avait été un morceau de la tenue de guerre de Xena avant qu'il ne soit irréparable et donné pour ce petit projet.
Elle n'était pas supposée savoir cela.
Elle sourit.
Quelle bébête, pensa-t-elle. Je reconnaîtrais son toucher et son odeur même si j'étais aveugle, idiote et même si je n'avais pas de mains.
Elle avait trouvé le paquet à l'intérieur de son sac de couchage un soir, peu après… Encore une fois, son esprit trébucha comme il le faisait tout le temps. Elle se força à reprendre cette pensée à contrecoeur. Elle l'avait trouvé peut après la mort de Xena. Voilà. Elle respira profondément pour calmer son cœur qui palpitait, s'éloignant de ces souvenirs et retournant vers ce petit livre.
Xena était partie vérifier les alentours de leur camp et Gabrielle se préparait à se coucher dans son sac de couchage, en sachant qu'elle se réveillerait pendant la nuit pour sentir Xena, endormie, près d'elle. Une nuit, après un cauchemar particulièrement déchirant, elle avait découvert les nouveaux arrangements nocturnes de Xena. Même si elle était assez loin pour être considéré comme respectable, Xena avait commencé à placer son sac de couchage suffisamment près de Gabrielle, pour être à portée de ses bras. Gabrielle sentait que Xena tenait à elle et elle l'attendait avec impatience chaque nuit. Mais lors de cette nuit, elle avait eu plus qu'elle n'attendait.
Elle avait ouvert le sac de couchage près du feu et avait vu la couleur riche du cuir marron à la lueur du feu. D'un air songeur, elle se baissa et ramasser le paquet ; elle remarqua le 'G' qui était soigneusement brocardé sur la couverture. Elle l'avait ouvert et avait fixé du regard cette petite note élégante imprimée sur la première feuille du parchemin.
" Pour les histoires que tu ne racontes jamais, celles où tu figures. X. "
La barde sourit en repensant à ce moment, ouvrit son journal à la première page et lut de nouveau le petit mot. Ensuite, elle trouva une feuille vierge, plongea sa plume dans de la belle encre foncée et commença à écrire…