Something more than this

Chapitre 8




  La clientèle, ce soir-là, malgré la curiosité grandissante du village pour mes invitées, était suffisamment petite pour que la voisine, Annis, fasse le service seule. Elle donnait souvent un coup de main à l'auberge quand elle voulait échapper à la torture d'être avec ses 5 petits frères et sœurs. Par rapport à ce qu'elle vivait chez elle, servir des adultes qui parlent avec des phrases complètes (enfin, la plupart du temps) et qui souvent ne se jetaient pas de la nourriture à la figure, lui paraissait calme. J'appréciais toujours son aide, surtout quand Pirro disparaissait tous les jours après le déjeuner pour se saouler et parier avec ses amis.

Xena n'était toujours pas rentrée de sa ronde, donc je décidai de préparer leur repas et de leur monter le plateau. Je savais que si Gabrielle était réveillée, elle devait avoir faim. Elle avait à peine touché à son déjeuner.

J'entrai dans leur chambre sans faire de bruit. Une bougie dansait près du lit et je pouvais voir que Gabrielle dormait encore. Je posai le plateau sur la table et m'approchai de la barde pour voir si elle s'était un peu rétablie. Je fus surprise de voir un léger éclat sur sa peau. Sa fièvre avait empirée. Je commençai à sortir pour aller chercher une cataire et du thé pyrèthre que j'avais spécialement gardé pour la fièvre, mais un gémissement apeuré m'arrêta net. Je me tournai et vis Gabrielle se battre avec les couvertures ; ses gémissements devenaient des chuchotements de désespoir et ensuite devenaient des pleurs étouffés qui me firent de la peine.

" Non… Non ! Ne pars pas ! Comment as-tu pu ? " Son chuchotement était virulent et je me demandai si elle faisait simplement un cauchemar ou si elle était réveillée et dans les griffes d'une vision causée par la fièvre. Elle bougeait la tête de droite à gauche, les yeux fermés. J'optai pour le cauchemar, visiblement aggravé par son esprit fiévreux.

Je me faufilai près de la barde qui sanglotait. Je ne savais pas qui l'avait quittée, mais j'étais déterminée à veiller sur elle pendant ce rêve horrible sans la réveiller ni lui faire davantage peur. Je m'assis au bord du lit, en faisant attention de ne pas faire bouger la plume et le parchemin sur ses genoux. Malgré la faible luminosité, je pouvais distinguer l'écriture élégante de la barde et les mots me détournèrent de mon intention originelle.

Et quand ses yeux s'ouvrirent et que je tombai dans la Mer d'Eté que je voyais, je savais que j'étais tombée amoureuse…

Serait-ce possible ? A ma connaissance, il n'y avait qu'une paire d'yeux qui correspondait à cette description… Etaient-elles vraiment amoureuses ?

Eh bien, c'est logique, pensai-je. Deux femmes, une chambre… et la tendance protectrice de la guerrière…

Mon cœur commença à s'emballer comme si je venais de faire un aller-retour à Typhonaea en courant et que quelque chose qui dormait à l'intérieur de moi commença à se réveiller.

Peut-être que cela expliquerait…

La dernière demande en mariage de Takis, au festival du printemps, avait été douloureuse. Le regard dépité et déçu dans ses yeux tandis que je lui disais 'non' pour la septième fois, m'avait presque faite pleurer. Et ensuite sa douce question…

" Pourquoi me détestes-tu autant ? "

Et j'essayai de lui expliquer ; ma langue devenait épaisse et stupide. J'essayai de lui dire qu'il n'était pas le problème, que je ne le détestais pas. J'essayai de lui dire qu'il était un homme formidable, un bon soutien, une âme gentille…

Sa confusion évidente me posait la question qu'il n'osait pas dire à voix haute et je restai là. Je ne pouvais pas lui dire que dès que je pensais au mariage, que ma poitrine se refermait, que ma gorge me brûlait et que je me sentais comme si je coulais. Je ne pouvais pas lui dire que j'avais honte d'être si différente de toutes les autres filles du village qui choisissaient ou qui mettaient de côté des maris potentiels pour elles depuis qu'elles pouvaient se coiffer toutes seules. Je ne pouvais pas lui dire que les dieux m'avaient en quelque sorte fabriquée de travers, me laissant sans cette passion. Je ne pouvais pas lui dire que c'était entièrement ma faute. A la place, je m'enfuis en courant, grommelant quelque chose à propos de lui qui méritait une meilleure épouse que je ne pourrais être.

Mais ce tout petit coup d'œil dans la vie de Gabrielle donna une étincelle au petit bois qui avait longtemps dormi à l'intérieur de moi. Je ramassai le livre en cuir pour en lire plus ; avant que je sache ce que je faisais, les cris de Gabrielle me rappelèrent pourquoi j'étais là. Etant plus préoccupée par son bien-être, je fermai le livre et tendis mes bras vers elle, arrivant enfin à tenir son visage entre mes mains.

" Chut… Je suis là ma puce. Je ne suis partie nulle part. Tu es en sécurité. Je ne t'ai pas quittée. " Je lui répétais ces mots encore et encore. Mon esprit était rempli de questions, d'inquisitions et de vérités sur moi-même à moitié formées. Entre le chaos dans ma tête et le fait que j'essayais de calmer Gabrielle, je n'avais pas remarqué le bruit de la porte qui s'ouvrait ni remarqué la guerrière dans l'embrasure de la porte. Je ne savais pas du tout depuis combien de temps elle était là, à me regarder.

" Eloigne-toi d'elle. " La voix de Xena était grave et dure ; elle promettait une douleur infinie si sa demande n'était pas satisfaite. Je ne sais vraiment pas pourquoi je ne lui ai pas obéit à cet instant-là, mais je ne l'ai pas fait.

" Xena "

" Tout de suite ! " Son grognement bas me terrifia. J'ôtai d'un coup sec mes mains du visage de la barde et me reculai du lit, tandis que mes yeux ne quittaient jamais l'éclat brillant du regard tueur de Xena. Elle répliquait mes mouvements avec la grâce d'un félin, se positionnant entre la barde et moi, prête à bondir au moindre mouvement soudain de ma part. Nous nous tenions là, emprisonnées dans le moment comme si nous avions été peintes dans un étrange tableau. Je commençai à dire quelque chose - n'importe quoi - pour m'expliquer, mais elle parla en premier.

" Va t'en. "

" Xena ? " Le chuchotement confus de la barde nous surprit la guerrière et moi-même. " Qu'est-ce qu'il y a ? " Ses cheveux collaient à son visage à cause de ses boucles trempées et ses yeux étaient rouges par la fièvre.

Je me tournai et filai ; j'entendais à peine Xena chuchoter: " Ce n'est rien Gabrielle. " Je descendis l'escalier en courant, passant devant Annis et les clients surpris. Je courus dans la rue et je dépassai l'étable, la forge de Takis, la tannerie et la sortie de la ville. Je ne m'arrêtai pas de courir jusqu'à ce que j'atteigne l'arbre dans la prairie - mon arbre - et je jetai mes bras autour de lui avant de rester accrochée à lui de toutes mes forces.

Ce n'était pas la peur qui m'avait conduite ici ; ce n'était pas la peine ni la douleur. C'était l'envie, pure et simple. Mon cœur frappait à coup de marteau dans ma poitrine et mon sang s'engouffrait avec une force de 10 chutes d'eau dans ma tête. Je regardai la pénombre, en respirant fort. Combien j'aurais donné pour être à la place de Xena à ce moment là ? La réponse, même maintenant, m'effraie.