Something more than this

Chapitre 9




  C'était exaspérant. Xena reposait la paume de sa main contre la joue de Gabrielle et soupira de soulagement. Il était froid...pour l'instant. Mais Xena savait que la fièvre pouvait revenir à n'importe quel moment et cela la rendait folle car elle connaissait ses limites contre ce genre d'ennemi. Avant, quand le poison était encore le plus grand danger, Gabrielle pouvait se réveiller... ou non. Et, d'une certaine manière, cette épreuve avait été plus facile que ce va-et-vient exaspérant avec l'infection et la fièvre.

Elle se souvenait être assise pendant toutes ces nuits, à écouter sa faible respiration et son propre battement de coeur pendant des marques de bougie, à attendre que Gabrielle se réveille ou... Elle inspira, tremblante.

Peut être que 'plus facile' n'est pas le bon mot, admit-elle. Parce que c'était loin d'être facile, ma barde. Je ne pouvais pas supporter ton départ et je ne pouvais te dire pourquoi rester, même si mon coeur répétait les mots encore et encore...

La guerrière secoua la tête pour disperser ces pensées récurrentes.

Gabrielle s'était réveillée; elle se dit fermement de refuser d'être piégée par des visions qui n'étaient pas arrivées que pour passer. Elle regarda Gabrielle fixement et doucement et soupira. Au moins la fièvre était repartie et la barde dormait tranquillement.

Xena s'étira pour apaiser ses muscles à l'étroit, ayant été assise dans une foutue chaise inconfortable toute la nuit. Ensuite, elle alla à la fenêtre et regarda le ciel bleu indigo dépourvu d'étoiles et le village dans la nuit.

Pas la peine de dormir alors que le levé du jour est si proche, pensa t'elle. Et elle savait qu'un peu d'air frais ferait se disperser la tension en elle qui lui procurait un mal de tête. Elle ferma la fenêtre et borda Gabrielle avec le drap. Un dernier regard dans l'ombre de la porte et elle était hors de la chambre et descendait les marches; elle vit la plus jeune des serveuses (Annis, c'est ça?) qui dormait sur une table près du foyer.

Elle avança d'un pas hésitant vers la jeune femme mais un craquement imprudent du plancher dénonça sa présence. La tête de la jeune femme se leva, ses yeux à peine ouverts.

"Taren?", murmura t'elle.

"Non", dit Xena, son corps caché dans l'ombre. Ses yeux clairs et son armure brillaient dans le feu de cheminée qui s'éteignait. "Rendors toi"

La fille marmonna quelque chose doucement et reposa de nouveau sa tête sur son bras. Xena fronça les sourcils. Elle jeta des rondins de bois sur le feu, l'alimentant pour la jeune femme, et ensuite sortit de l'auberge.

Le fait que Taren était dehors, quelque part, seule et effrayée, apporta un sourire à ses lèvres. Toute la colère et la menace qu'elle avait soigneusement enterrées pendant qu'elle s'occupait de Gabrielle revinrent en un instant. Elle inspira lentement une grande bouffée de l'air épicé de la nuit, sentant un déferlement de régal malveillant suinter à l'intérieur d'elle. Et avec l'émotion noire vint une autre émotion, non familière, que la guerrière ne reconnut pas.

'Bien fait pour elle', pensa t'elle, repoussant l'émotion froide et étrangère. La gamine ferait mieux d'apprendre à garder ses mains pour elle.

Elle gloussa pendant un moment en pensant à la pathétique aubergiste qui était trop amicale et serviable. Sa compassion, sa franchise et sa nature naïve la rendaient faible, une cible facile, tout comme -

L'humour noire que la guerrière trouvait dans la personnalité de Taren s'effritait sous l'éclat dur d'un fait évident : elle considérait les même chose comme des faiblesses chez Taren alors qu'elles étaient des points forts chez Gabrielle. En fait, elle avait trouvé pensé que ces traits étaient essentiels à l'être même de Gabrielle.

Xena essayait de comprendre cela un court instant avant de réaliser, tout à coup, que peut-être l'émotion étrangère cachée derrière les crocs de sa colère était de l'envie.

Elle décida que non. Ce n'était pas ça. Mais son esprit vola vers la pensée défendue jusqu'à ce qu'elle n'eut pas d'autre choix que de l'affronter.

D'accord, alors pourquoi? Elle défiait son esprit de lui montrer quelque chose qui expliquerait pourquoi elle, une ancienne chef de guerre qui avait commandé des armées, des richesses et des rois, pouvait envier une aubergiste quelconque, inoffensive, courageuse et au bon coeur... qui avait réconforté son amie blessée et fiévreuse d'une manière dont elle n'aurait jamais pu faire.

Abasourdie, Xena sonda avec hésitation son esprit pour atteindre la vérité. Elle était envieuse de Taren.

Et pourquoi pas? Taren était tout ce qu'elle n'était pas... honorable, passionnée, dévouée avec un bon coeur. Elle passait sa bonté naturellement, et pourquoi ne le ferait-elle pas? Elle n'avait pas le sang de milliers de personnes sur les mains ni le poids de tant de méchanceté et de remords sur ses épaules.

Taren était quelqu'un dont les parents pouvaient être fiers, dont les enfants pouvaient admirer, dont n'importe quel village serait content de l'appeler "l'une des nôtres". Et Taren était quelqu'un qui méritait l'amitié de Gabrielle; Xena savait qu'elle ne l'avait jamais méritée et qu'elle ne la méritait pas.

Xena baissa ses épaules dans la sombre rue.

"Je viens de prouver à quel point j'étais monstrueuse," dit-elle calmement. Elle avait terrorisée une femme tout simplement parce qu'elle avait fait ce qu'elle-même mourrait d'envie de faire, tendre la main à Gabrielle avec un amour pur et irréfléchi. Ce n'était pas la faute de Taren si son coeur était sans retenue et ouvert. Ce n'était pas la faute de Taren si elle pouvait risquer autant si facilement. Et c'était certainement pas sa faute si Xena n'avait jamais parlé de ses vrais sentiments pour la barde, qui étaient bien plus profonds que de l'amitié et qui étaient cachés derrière une porte de plomb à l'intérieur de son coeur qui n'avait pas de clé.

De la douleur, chaude et brillante, s'infiltrait dans la poitrine de la guerrière. Elle avait vu la facilité qu'avaient eut la barde et la jeune femme pour devenir amies. En moins de temps qu'il n'avait fallu à Xena pour emmener Argo à l'étable et s'en occuper. Les 2 jeunes femmes s'étaient installées dans un bavardage confortable qui avait énervé Xena.

Si l'amitié de Gabrielle pouvait être gagnée si vite, peut-être que son coeur pouvait être gagné aussi vite? Et si tel était le cas, ne serait-ce pas dire qu'elle et la barde avaient seulement commencé à se sentir confortable avec les étreintes et les remarques taquines occasionnelles? Et enfin, à long terme, qui était la plus méritante?

Xena savait déjà la réponse à cette question. Totalement et sans faute. Et cela rendit tout autre argument que son coeur avait sans importance et inutile.

Avec un visage aussi impassible qu'une pierre, Xena redescendit la route vide et sortit du village.